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Musée des Arts et civilisations = zoo humain
mardi 20 juin
Jacque Chirac inaugure aujourd’hui (nous sommes le 20 juin) le musée du Quai Branly, consacré, comme le note Libération, aux « arts primitifs » relevant de quatre zones géographiques : l’Afrique, l’Océanie, l’Asie et l’Amérique. Autrement dit, les aires de colonisation européenne. C’est peut-être banal à dire mais on en a marre que les créations des peuples que l’Europe a mis en esclavage et colonisé soient appelées « Art primitif » ! Ce musée n’est pas un musée mais un zoo. On ne nous expose pas nus dans des cages, comme au début du siècle, mais on mobilise le même voyeurisme colonial. « Toujours ingrats, jamais contents ! » nous rétorquera le petit blanc, fier d’avoir inventé le Concorde, « ce musée montre au contraire que vous êtes des êtres humains comme les autres avec votre spiritualité, vos symboles, votre inventivité et même votre civilisation ! » S.K.
 
Naji al-Ali, caricaturiste palestinien immortel, assassiné à Londres le 22 juillet 1987
mercredi 25 juillet 2007

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Naji al-Ali était un caricaturiste palestinien, remarquable pour sa critique politique caustique. Il a dessiné plus de 40 000 caricatures, exprimant souvent son opposition aux dirigeants palestiniens et arabes, mais c’est certainement en tant que créateur du personnage Handala, devenu depuis une icône du défi palestinien, qu’il est le plus connu.

Naji al-Ali est né vers 1938 dans le village palestinien de Shajra, entre Tibériade et Nazareth. Sa famille et lui-même sont partis en exil, durant la Nakba de 1948, au sud du Liban et ils ont vécu dans le camp de réfugiés d’Ain-al-Hilweh, près de Sidon, où il a fréquenté l’école de l’Union des Églises chrétiennes. Après avoir obtenu son brevet, il a travaillé dans les vergers de Sidon, puis est parti à Tripoli où il s’est inscrit à l’école professionnelle des Carmes pendant deux ans.

Naji al-Ali est parti ensuite à Beyrouth, où il a vécu sous une tente dans le camp de Chatila et a eu plusieurs emplois dans l’industrie. En 1957, après s’être qualifié comme mécanicien auto, il a voyagé en Arabie Saoudite, où il a travaillé pendant deux ans.

En 1959, Naji al-Ali revient au Liban et, la même année, il rejoint le Mouvement Nationaliste Arabe (MNA), dont il a été renvoyé quatre fois en un an pour manque de discipline. Entre 1960 et 1961, avec des camarades du MNA, il publie un journal politique manuscrit appelé « Al-Sarkha » (Le cri).

En 1960, il entre à l’Académie des Arts du Liban, mais ne peut poursuivre ses études car il est emprisonné pour des raisons politiques peu après son inscription. Après sa libération, il part pour Tyr, où il travaille comme professeur de dessin au Collège Ja’fariya.

L’écrivain et militant politique Ghassan Kanafani voit quelques dessins de Naji al-Ali lors d’une visite à Ain al-Hilweh et publie le premier l’artiste, avec un article d’accompagnement, dans Al-Hurriya n°88, le 25 septembre 1961.

En 1963, Naji al-Ali part au Koweit, espérant économiser assez d’argent pour aller étudier le dessin au Caire et à Rome. Là il travaille comme éditeur, caricaturiste, dessinateur et producteur au journal nationaliste arabe Al-Tali’a.

A partir de 1968, il travaille pour Al-Siyasa. Pendant ces années-là, il revient plusieurs fois au Liban. En 1974, il commence à travailler pour le journal libanais Al-Safir, ce qui lui permet de revenir au Liban pour une période plus longue. Pendant l’invasion israélienne du Liban en 1982, il est brièvement détenu par les forces occupantes, avec d’autres habitants de Ain al-Hilweh.

En 1983, il part une fois encore au Koweit pour travailler pour Al-Qabas et, en 1985, il déménage à Londres où il travaillera pour une édition internationale jusqu’à sa mort.

Au cours de sa carrière de caricaturiste politique, Naji al-Ali a produit plus de 40 000 dessins. Ils portent généralement sur la situation du peuple palestinien, dépeignant la souffrance et la résistance, et critiquant sévèrement la direction palestinienne et les régimes arabes. Naji al-Ali fut un opposant féroce à tout règlement qui ne ferait pas valoir le droit des Palestiniens sur la totalité de la Palestine historique, et beaucoup de ces dessins expriment cette opposition.

Contrairement à beaucoup de caricaturistes politiques, les politiciens n’apparaissent pas en personne dans son travail ; comme il le disait : « J’ai un regard de classe, c’est la raison pour laquelle mes dessins ont cette forme. Ce qui est important, c’est de dessiner des situations et des réalités, pas de dessiner des présidents et des dirigeants . »

Naji al-Ali a publié trois livres de caricatures, en 1976, 1983 et 1985 et il en préparait un autre au moment de sa mort.

En 1979, il a été élu président de la Ligue des Caricaturistes Arabes. En 1979 et en 1980, il a reçu le premier prix lors d’expositions de caricatures arabes à Damas. En 1988, l’Association Internationale des Editeurs de Journaux lui décerne le prix « Golden Pen of Freedom » (Le stylo d’or de la liberté) à titre posthume. Le prix a été reçu par sa femme Widad et son fils Khaled. L’Association mondiale des journaux le décrit comme un des plus grands caricaturistes depuis la fin du 18e siècle.

L’Assassinat

Le mercredi 22 juillet 1987 vers 17h13, Naji gare sa voiture à Eves Street à Londres, à moins de 30 mètres de Alqabas Aldawliya, le journal où il travaille. Un de ses collègues raconte qu’il a vu Naji marcher dans la direction des locaux du journal, suivi par deux hommes aux cheveux noirs et au teint olivâtre. Quelques secondes plus tard, il entend un coup de feu et voit Naji par terre et les hommes qui le suivaient fuir. Naji a été touché à la tempe droite. Le samedi 29 août, 38 jours plus tard, Naji succombe à ses blessures sans avoir repris conscience.

Selon un porte-parole du journal Al Qabas, Al Naji a reçu plus de 100 menaces de mort pendant sa carrière. Un collègue de Naji Al-Ali a révélé qu’un haut membre de l’OLP de Yasser Arafat a téléphoné au caricaturiste à la mi-juin 1987 et lui a dit : « Vous devez corriger votre attitude. Ne dites rien contre les personnes honnêtes, autrement nous règlerons votre compte. » Ignorant l’avertissement, il publiait le 24 juin une caricature de Yasser Arafat et de ses acolytes.

Connu pour ses critiques envers l’Iran, l’ambassade iranienne nie le lendemain de son assassinat toute implication et l’OLP a blâmé les services de renseignements arabes. Pour les commentateurs du Moyen-orient, l’assassinat s’inscrit dans une politique de l’OLP pour faire taire les critiques envers elle en Europe et le Moyen-Orient.

Cependant, on ne sait toujours pas qui est responsable de son assassinat. La police britannique en charge de l’affaire a arrêté un étudiant palestinien de l’Université de Hull, Isma’il Hassan Sawan, et a découvert une cache d’armes dans son appartement, mais il n’a été poursuivi que pour détention d’armes. Lors de son interrogatoire, Isma’il Sawan, originaire de Jérusalem, a déclaré que ses supérieurs à Tel Aviv étaient au courant depuis longtemps du complot pour tuer le caricaturiste.

En refusant de transmettre les informations à ses homologues britanniques, le Mossad s’est attiré les foudres du gouvernement anglais, qui, en représailles, a expulsé deux diplomates israéliens de Londres. Une Margaret Thatcher furieuse, alors Premier Ministre, a fermé les bureaux londoniens du Mossad, au Palace Green de Kensington.

Malgré son vœu d’être enterré à Ain al-Hilweh à côté de son père, ceci fut impossible à organiser et il a été enterré au Cimetière islamique de Brookwood, dans les environs de Londres.

Une statue de Naji al-Ali, par le sculpteur Charbel Faris, a été érigée à l’entrée nord du camp d’Ain al-Hiolweh, mais rapidement, elle a été endommagée par une explosion causée par des éléments inconnus. Elle avait été re-érigée, et a à nouveau disparu.

Son travail de caricaturiste

Les caricatures de Naji al-Ali expriment la lutte et la résistance à l’occupation israélienne et critiquent les régimes arabes. Il disait que ses caricatures étaient « l’expression des opprimés qui paient cher leurs vies, portant sur leurs épaules le fardeau des erreurs commises par les autorités. Tout ce qu’ils possèdent a été acquis avec peine, sous le siège constant de la dureté et de la cruauté. Ils luttent pour leur vie et meurent jeunes, ensevelis dans les tombes dépouillées. Ils sont toujours sur la défensive pour pouvoir vivre. Je vis avec eux dans les cachots, observant et brûlant à la pulsion de leurs cœurs, au flot du sang qui coule dans leurs veines . »

Handala

Parmi les personnages des dessins de Naji al-Ali, le plus célèbre est sans conteste Handala, qui est apparu pour la première fois en 1969 dans le journal koweitien Alsiyassa (La Politique). C’est un petit garçon de 10 ans, l’âge qu’avait Naji lorsqu’il a quitté la Palestine, pieds nus comme tous les enfants qui habitent les camps de réfugiés palestiniens.

Handala est situé dans l’espace sans terrain d’appui car il est sans patrie. C’est le témoin de la tragédie de tout un peuple, il tourne son dos au public car il se sent trahi.

Il représente le Palestinien comme la victime qui défie l’oppression israélienne et les autres forces hostiles, et un homme gras qui représente les régimes arabes et les dirigeants politiques palestiniens qui mènent une vie facile et sont engagés dans des compromis politiques auxquels l’artiste était un ardent opposant.

Les motifs de la crucifixion (représentant, encore, la souffrance palestinienne) et les jets de pierre (représentant la résistance des Palestiniens ordinaires) se retrouvent aussi souvent dans son travail.

Naji dit de Handala :

« Handala est né à l’âge de 10 ans et depuis son exil, les lois de la nature n’ont aucune emprise sur lui. Il ne recommencera à croître que lors de son retour sur sa terre natale. Il n’est pas un enfant bien portant, heureux, serein et couvé. Il va nu-pieds comme tous les enfants des camps de réfugiés. Ses cheveux sont ceux de l’hérisson qui utilise ses épines comme arme. Bien qu’il soit rude, il a l’odeur de l’ambre. Ses mains, toujours derrière son dos, sont le signe du rejet des solutions porteuses de l’idéologie impérialiste et sioniste. Au début, il était un enfant palestinien, mais sa conscience s’est développée pour devenir celle d’une nation, puis de l’humanité dans sa totalité. Il a fait la promesse de ne jamais se trahir. Handala veut dire amertume. »

« Handala est un témoin de son époque et il ne mourra jamais, il pénètre la vie avec une force qui ne le quitte jamais, une légende dont l’existence est un défi à l’éternité. Ce personnage que j’ai créé ne disparaîtra pas après moi. Je ne crois pas exagérer en disant que je serai immortalisé à travers lui. »

 
Post Scriptum :
Source : ISM-France

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Messages de forum :
Naji al-Ali, caricaturiste palestinien immortel, assassiné à Londres le 22 juillet 1987
mercredi 25 juillet 2007
par  Marhoum
Handala, c’est notre amertume à nous tous, et il n’est pas prêt de sitôt, à montrer son visage,au train où la cause palestinienne est bradéee.Alors à défaut de griserie exquise, nous continuerons toute honte bue, à faire comme lui, le dos rond et à déglutir notre amertume jusqu’à la lie, jusqu’à la nausée s’il le faudrait. Marhoum

Naji al-Ali, caricaturiste palestinien immortel, assassiné à Londres le 22 juillet 1987

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