Samedi 24 juin, à l’occasion du spectacle d’ouverture du festival Montpellier Danse, Georges Frêche, président socialiste du conseil régional du Languedoc-Roussillon et président de la communauté d’agglomération de Montpellier a comparé sa ville à « un poste avancé de Tsahal », l’armée israélienne.
Rien d’étonnant : Georges Frêche siège depuis des années à la vice-présidence de l’Association France-Israël, connue pour son soutien sans réserve à toutes les politiques menées par tous les gouvernements successifs israéliens.
Rien d’étonnant : Georges Frêche est connu pour l’infinie tendresse qu’il éprouve à l’égard des Arabes et des musulmans.
PARIS (AP) - Le parquet général de la cour d’appel de Paris a formé un pourvoi en cassation vendredi contre la relaxe la veille de l’un des rappeurs du groupe "La Rumeur", poursuivi pour diffamation d’une administration publique, en l’occurence, la police nationale, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.
En 2002, le ministère de l’Intérieur avait porté plainte contre Mohamed Bourokba, l’un des chanteurs de ce groupe de rap qui, dans le fanzine accompagnant la sortie de leur album, avait mis en cause les forces de l’ordre.
"Les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins ne soient inquiétés", avait-il écrit.
En décembre 2004, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait relaxé le chanteur, estimant que ses propos relevaient de la liberté d’expression et non de la diffamation. Décision confirmée jeudi par la 11e chambre de la cour d’appel de Paris.
"C’est pathétique", a commenté Me Dominique Tricaud, avocat du chanteur, à propos de ce pourvoi en cassation. AP
Le film « Un racisme à peine voilé » (Réal. Jérôme HOST, H production, 2004), qui revient sur le débat politico médiatique qui a débouché sur le vote d’une loi qui interdit les signes religieux à l’école, a été censuré par les responsables de la maison de quartier de Bagatelle à Toulouse. « Un racisme à peine voilé », film qui a le mérite de donner la parole aux premières concernées par cette loi prohibitionniste, à savoir les filles qui portent le foulard, a déjà subi la censure à de multiples reprises et dans plusieurs villes de France. Cette censure est encouragée par certains groupes d’extrême droite et par une certaine gauche dite républicaine, représentée entre autres par l’UFAL. (Union des Familles Laïques, qui a lancé une campagne d’appel à la censure du film : voir www.hprod.org)
On peut cependant s’étonner de cette décision de la maison de quartier de Bagatelle, reconnue, à tort ou a raison, comme un carrefour des luttes issues de l’immigration à Toulouse. Rappelons que cet établissement accueille régulièrement les Motivé-e-s et les Indigènes de la république pour ne citer qu’eux.
Déjà en mars 2005, un groupe de toulousain-e-s avait demandé à la maison de quartier de Bagatelle de disposer de la salle pour une projection du film : refus
Cette fois, c’est dans le cadre d’un cycle de conférences-débats sur le thème de la laïcité organisé par la maison de quartier ces dernières semaines, que le réalisateur lui-même proposa la projection de son film : refus une deuxième fois. Aucune explication claire. (En privé, certains responsables de la maison de quartier parleront du film comme un « ramassis de prosélytisme religieux »)
Malgré la censure, « Un racisme à peine voilé » a été projeté dans plus d’une cinquantaine de ville de France (mais aussi en Belgique, en Suisse, au Québec, ....). Les responsables de la maison de quartier de Bagatelle ont décidé que les habitant-e-s de ce quartier n’y auraient pas droit !
Nous ne lâcherons pas l’affaire. Refusons la censure !
H Production le 17/06/2006 contact@hprod.org
Après avoir longtemps louvoyé, la FIFA semble donner l’impression de prendre finalement au sérieux la question du racisme dans le football mondial. Ainsi a-t-on fait lire aux capitaines des équipes qualifiées pour les quarts de finale une brève déclaration condamnant toutes les formes de discrimination et appelant le public à être solidaire de cet appel.
Qui ne se souvient, en effet, des blessures psychologiques qu’endurent presque chaque semaine les joueurs noirs dans certains stades d’Europe, de l’Atlantique à l’Oural ? En Espagne par exemple, des cris de singe accompagnent régulièrement le goléador du Barça, Samuel Eto’o à chacune de ses apparitions sur le terrain. Lors d’un match opposant l’Angleterre à l’Espagne à Madrid l’an dernier, les joueurs noirs de l’équipe anglaise (Shaun Wright Philips, Ashley Cole, Jermaine Jenas et autres) ont fait l’objet de copieux abus de la part d’un public littéralement en état d’ébriété, aussi excité que malpropre.
Peu avant la rencontre, Luis Aragonès, le coach de la sélection espagnole, avait été le premier à mettre le nez dans la fange en traitant Thierry Henri de « Merdeux de nègre » - histoire, affirmait-il sans rire, de « motiver » le coéquipier d’Henri à Arsenal, le milieu offensif José Antonio Reyes. Invité à s’expliquer sur son refus de s’excuser, Aragonès a affirmé récemment ne pas être raciste. La preuve ? Il a beaucoup d’amis parmi les Noirs. Certains sont d’ailleurs des experts dans « la définition du sexe des poules et de la volaille » en général. On ne sait s’il pensait à ce même Samuel Eto’o.
L’attaquant camerounais avait en effet pris la défense du vieux con ibérique lors de la controverse Henri et continue, aujourd’hui encore, de lui donner du « cher grand père ». Toujours est-il que lors du match France-Espagne de l’autre semaine, Patrick Vieira n’y est pas allé par quatre chemins. Obligé de jouer au justicier, il a failli plonger ce minable vieillard dans un état d’apoplexie maximale en lui intimant, dans un geste familier (Chuutt...), l’ordre de se taire et de s’asseoir alors qu’il se répandait en protestations le long de la ligne de jeu.
Ceci dit, beaucoup auront remarqué - même s’ils ne le proclament pas sur la place publique - que l’équipe de France ne comprend que deux ou trois joueurs titulaires blancs. À les observer de près, ces « Bleus » sont, en effet, tout « Black ». C’est d’ailleurs ce qu’a voulu souligner, récemment, le démagogue français Jean-Marie Le Pen.
Jouant, comme d’habitude, sur le non-dit raciste, il remarquait que cette équipe de « joueurs de couleur » qui, de surcroît, ne savent pas chanter La Marseillaise à pleins poumons, était loin de représenter sa France à lui, la « vraie France ». L’on en était au tout début de la compétition, à un moment où les « Bleus » avaient de la peine à trouver leur rythme et couraient le risque d’une nouvelle élimination au premier tour. Je ne sais si, fidèle à leur religion, Alain Finkielkraut et ses affidés ont pris le relais pour dénoncer cette annexion, par l’idéologie perverse du « communautarisme », du précieux joyau gaulois dont le coq est le fier symbole.
Toujours est-il qu’à l’exclamation de Jean-Marie Le Pen (Tiens, la négraille, cette équipe de France !), le défenseur central Lilian Thuram a cru devoir répondre : « Moi, je ne suis pas noir ». Au cas où on ne le savait pas, Thuram est effectivement français : « Vive la France. La vraie. Je veux dire celle qui existe ».
On est loin de Rimbaud qui écrivait : « Je suis un nègre ». Ou encore, tout près de nous, d’Aimé Césaire qui, tout en se gardant de tomber dans une sorte de racisme noir, affirmait récemment dans ses fameux entretiens avec Françoise Vergès : « Nègre je suis, nègre je resterai ». Les propos de Thuram valent la peine qu’on s’y arrête ne serait-ce que parce que, de tous les joueurs français ayant, quelque part, une origine africaine proche ou lointaine, il est sans doute l’un des plus cultivés : « Moi, je pense que le doute est fondamental pour avancer. Il vous permet une réflexion sur vous-même ». Il est également l’un des joueurs professionnels français les plus politisés. Il est membre du Haut Conseil à l’Intégration.
Lorsque, l’hiver dernier, le Ministre de l’Intérieur, Monsieur Nicolas Sarkozy a mis la poudre aux banlieues en traitant les jeunes Français issus de la colonisation et de l’immigration de « racaille », le footballeur a aussitôt réagi pour condamner ces irresponsables propos : « C’est tellement facile ces discours populistes et démagogiques, de parler de personnes dont la plupart des gens ne savent rien », avait-il rétorqué. Et d’ajouter : « On met le feu aux poudres, on arrive comme un sauveur et on a tout gagné ! Si on est capable de faire çà, on est capable de quoi pour arriver à ses fins ? Moi, je ne pense pas que tous les moyens sont bons pour gagner, ni dans le foot, ni en politique ».
En proclamant qu’il n’est « pas noir », Thuram dit plusieurs choses en même temps. Et d’abord, il s’inscrit en droite ligne de la pensée de Fanon pour qui « Le nègre n’est pas. Pas plus que le blanc ». On peut ensuite supposer qu’en niant l’existence d’une essentielle négrité, ce que Thuram veut mettre en relief, c’est d’abord son identité d’homme tout court. Mais c’est aussi le mouvement par lequel ce bout de territoire appelé la France est appelé à assumer cette part de son passé fait de rencontres, de brassages, de collusions et de violences. Indirectement, Thuram compare ensuite l’histoire de la France à celle des Etats-Unis. Qu’en revendiquant sa francité, il évoque les équipes américaines de basket-ball, souvent composées en majorité d’Africains-Américains signifie qu’à ses yeux, « représenter » la France n’est pas, avant tout, une question de pigmentation. En d’autres termes, la race ne constitue pas le visage premier de la nation, le déterminant premier de son identité. Cette dernière est, de bout en bout, une production historique et non point épidermique.
Négation de la race donc, et affirmation de la nation. Entre les deux, la référence aux origines africaines a totalement disparu. Est-ce le prix à payer pour que la France continue de vivre dans l’illusion que chez elle, la question raciale ne s’est jamais posée et ne se pose point ?
Qu’est-ce que cela signifie de valoriser les attaches nationales à l’ère de la globalisation alors même que ses propres origines se situent dans la dispersion, dans une relation diasporique, dans un ici qui ne se conçoit pas sans un ailleurs ?
Car tout de même, même si Thuram pense qu’il n’est pas Noir, pour beaucoup de Français, il l’est en effet. Ici encore, on se souvient de la fameuse phrase de Fanon : « Regarde le nègre !... Maman, un nègre !... ». Comment se fait-il que Thuram ne puisse pas dire simplement : « Eh bien, pour le bonheur de la France, je suis Black et Français, et c’est bien ainsi ». Qu’est-ce qui rend impossible une telle affirmation positive, et qu’est-ce qui fait que l’on doive chaque fois passer par la négation avant de pouvoir dire simplement et affirmativement ‘Je’ ? Peut-être Thuram est-il véritablement fils de l’idéologie de la république aux yeux de laquelle il n’y a pas de races, mais seulement une humanité universelle. Ou, à l’opposé, peut-être ne sait-il plus nommer cette part de lui qui, dans la nuit des temps, vient d’Afrique - comme le dirait le philosophe camerounais Fabien Eboussi Boulaga, la reconnaissance explicite « d’une communauté avec ceux qui sont humains avant nous », par-delà la violence des institutions et du système des relations jadis imposées par l’esclavage et la colonisation. Peut-être qu’en vérité, pour ces « Blacks » des « Bleus », de « Keke » (Makelele) à Cissé, de Vieira à Diarra, de Saha à Gallas, de Malouda à Chimbonda, d’Abidal à Govou, Boumsong et tous les autres, jusqu’au Tamoul Vikash Dhorasoo en passant par le Franco-Kabyle Zinedine Zidane, tous indissociablement liés dans cette aventure à Barthez, Givet, Coupet, Ribéry et Sagnol - peut-être que pour ces « Blacks » des « Bleus », l’Afrique est désormais, véritablement, cette emprise sur laquelle il n’y a plus de prise - ou plutôt cette prise sur laquelle il n’y a plus d’emprise. Elle est peut-être ce dont on pense qu’il faudrait se dégager puisqu’on ne sait plus comment la nommer en nous - ou encore on ne sait la nommer que sous le nom même d’une impossibilité, c’est-à-dire, finalement, du pouvoir de nier.
Or, c’est justement ce pouvoir de nier et de refouler qui constitue le socle du racisme à la française. Le racisme à la française consiste en effet à nier et à refouler la réalité du racisme tout court de telle manière que l’on puisse commettre des actes racistes tout en ne les reconnaissant jamais comme participant du racisme - tout en bloquant conceptuellement la possibilité de jamais les identifier et les nommer simplement pour ce qu’ils sont, c’est-à-dire des discours, des gestes et des actes racistes, un point c’est tout !
Le projet d’une cité (polis) au-delà des races est l’une des utopies les plus radicales du modèle républicain français. Malheureusement, il ne s’agit que d’une abstraite utopie dont, paradoxalement, on ruine les prémisses dès lors que l’on se met à prendre la conséquence pour la cause, l’horizon pour la réalité, ce qui doit venir pour ce qui est déjà advenu.
Et c’est précisément ce mythe et cette illusion que dément, de manière si spectaculaire, cette équipe si « Black » des « Bleus ». Car pourquoi une telle visibilité dans les sports (et peut-être la musique) et une telle obscurité dans tous les autres secteurs de la vie sociale, économique, intellectuelle et politique ?
Après tant de siècles de « civilisation » et l’œuvre supposée « positive » de la colonisation, où sont donc les Colin Powell de l’armée française, les Condolezza Rice de sa diplomatie, les Thurgood Marshall de sa Justice, les W.E.B. Dubois, Bell Hooks, Cornel West, Skip Gates, Anthony Appiah, Julius Wilson de son intelligentsia, les Maya Angelou, Alice Walker, Toni Morrison, Salman Rushdie de sa littérature, les John Hope Franklin de son historiographie ? Où sont les Spike Lee de son cinéma et les Bill Cosby et Oprah Winfrey de sa télévision ? Où sont les Maires et conseillers municipaux dans ses communes et les députés à l’Assemblée nationale et les ministres dans les cabinets de la république comme, faut-il le rappeler, ce fut paradoxalement le cas ... au moment de la colonisation ?
Car, ce vieux pays qui a encore tant de trésors à offrir à l’humanité, il faut l’interroger sans relâche. Il faut continuer de l’interpeller et le pousser, malgré lui s’il le faut, à sortir de son sommeil léthargique, de son incurable vanité et narcissisme, de son orgueilleuse complaisance.
Finalement, c’est ce que ces « Bleus » si « Blacks » - cas unique en Europe, voire dans le monde - nous obligent à faire. Ces « Bleus » façon Thuram gagneront peut-être la Coupe du monde. Moi, c’est mon souhait. Mais à supposer qu’ils ne la gagnent pas, ils n’auront pas moins, authentiquement, été l’expression d’une certaine idée de la France - peut-être une France plus potentielle que réelle (peu importe), en tout cas une France plus complexe que le slogan paresseux et niais « Black/Blanc /Beur » de 1998.
Cette authenticité - tel était peut-être, quant au fond, le propos de Thuram. Authenticité à la manière de l’ultime prière de Fanon : « O mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge ! ». Thuram s’exprimait à un moment où la France débat enfin publiquement de toutes ses histoires, de ses multiples genèses - l’esclavage et la colonisation y compris. Mais - il ne faut pas l’oublier - c’est aussi le moment où son Ministre de l’Intérieur, Monsieur Nicolas Sarkozy, habitué à se pencher vers ce qui est bas et abject (le racisme), est en train d’organiser « la chasse aux enfants » sans-papiers.
Si, Dieu soit loué, des dizaines de milliers de Français ne se mobilisaient pas, comme ils le font en ce moment, pour s’opposer à cette démarche d’un homme cynique et mû par la soif de pouvoir, alors on pourrait légitimement se poser la question de savoir qui donc jouera pour ce vieux pays en 2010, et en 2014 et en 2018 et en 2022 et en 2026 et pour les siècles des siècles ?
Achille Mbembe