MOUVEMENT des INDIGENES de la REPUBLIQUE*
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Brèves
Georges Frêche (PS, évidemment) inconditionnel de l’armée israélienne
lundi 3 juillet

Samedi 24 juin, à l’occasion du spectacle d’ouverture du festival Montpellier Danse, Georges Frêche, président socialiste du conseil régional du Languedoc-Roussillon et président de la communauté d’agglomération de Montpellier a comparé sa ville à « un poste avancé de Tsahal », l’armée israélienne.

Rien d’étonnant : Georges Frêche siège depuis des années à la vice-présidence de l’Association France-Israël, connue pour son soutien sans réserve à toutes les politiques menées par tous les gouvernements successifs israéliens.

Rien d’étonnant : Georges Frêche est connu pour l’infinie tendresse qu’il éprouve à l’égard des Arabes et des musulmans.

 
Pourvoi en cassation du parquet général contre "La Rumeur"
lundi 26 juin

PARIS (AP) - Le parquet général de la cour d’appel de Paris a formé un pourvoi en cassation vendredi contre la relaxe la veille de l’un des rappeurs du groupe "La Rumeur", poursuivi pour diffamation d’une administration publique, en l’occurence, la police nationale, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

En 2002, le ministère de l’Intérieur avait porté plainte contre Mohamed Bourokba, l’un des chanteurs de ce groupe de rap qui, dans le fanzine accompagnant la sortie de leur album, avait mis en cause les forces de l’ordre.

"Les rapports du ministère de l’Intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins ne soient inquiétés", avait-il écrit.

En décembre 2004, la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris avait relaxé le chanteur, estimant que ses propos relevaient de la liberté d’expression et non de la diffamation. Décision confirmée jeudi par la 11e chambre de la cour d’appel de Paris.

"C’est pathétique", a commenté Me Dominique Tricaud, avocat du chanteur, à propos de ce pourvoi en cassation. AP

 
La récidive. Sarkozy invite "ceux qui n’aiment pas la France" à partir.
samedi 24 juin
AGEN, Lot-et-Garonne (Reuters)jeudi 22 juin 2006 - "Ceux qui n’aiment pas la France" ne sont pas obligés d’y rester, a réaffirmé le ministre de l’Intérieur. Dans un discours prononcé à Agen (Lot-et-Garonne) dans la perspective de sa candidature à l’élection présidentielle de 2007, le président de l’UMP a repris un thème qu’il avait testé le 22 avril devant de nouveaux adhérents de l’UMP. Il a dénoncé pêle-mêle "ceux qui ont délibérément choisi de vivre du travail des autres, ceux qui pensent que tout leur est dû sans qu’eux-mêmes ne doivent rien à personne (...), ceux qui, au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie, préfèrent chercher dans les replis de l’Histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard (...), ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail." "Ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner, je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national". "S’il y en a que cela gêne d’être en France, qu’ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu’ils n’aiment pas", avait-il dit le 22 avril. Sa formule avait déchaîné les critiques de la gauche et suscité des commentaires goguenards à l’extrême droite, prompte à dénoncer un plagiat.
 
Toulouse : Censure à la maison de quartier de Bagatelle (Toulouse)
dimanche 18 juin

Le film « Un racisme à peine voilé » (Réal. Jérôme HOST, H production, 2004), qui revient sur le débat politico médiatique qui a débouché sur le vote d’une loi qui interdit les signes religieux à l’école, a été censuré par les responsables de la maison de quartier de Bagatelle à Toulouse. « Un racisme à peine voilé », film qui a le mérite de donner la parole aux premières concernées par cette loi prohibitionniste, à savoir les filles qui portent le foulard, a déjà subi la censure à de multiples reprises et dans plusieurs villes de France. Cette censure est encouragée par certains groupes d’extrême droite et par une certaine gauche dite républicaine, représentée entre autres par l’UFAL. (Union des Familles Laïques, qui a lancé une campagne d’appel à la censure du film : voir www.hprod.org)

On peut cependant s’étonner de cette décision de la maison de quartier de Bagatelle, reconnue, à tort ou a raison, comme un carrefour des luttes issues de l’immigration à Toulouse. Rappelons que cet établissement accueille régulièrement les Motivé-e-s et les Indigènes de la république pour ne citer qu’eux.

Déjà en mars 2005, un groupe de toulousain-e-s avait demandé à la maison de quartier de Bagatelle de disposer de la salle pour une projection du film : refus

Cette fois, c’est dans le cadre d’un cycle de conférences-débats sur le thème de la laïcité organisé par la maison de quartier ces dernières semaines, que le réalisateur lui-même proposa la projection de son film : refus une deuxième fois. Aucune explication claire. (En privé, certains responsables de la maison de quartier parleront du film comme un « ramassis de prosélytisme religieux »)

Malgré la censure, « Un racisme à peine voilé » a été projeté dans plus d’une cinquantaine de ville de France (mais aussi en Belgique, en Suisse, au Québec, ....). Les responsables de la maison de quartier de Bagatelle ont décidé que les habitant-e-s de ce quartier n’y auraient pas droit !

Nous ne lâcherons pas l’affaire. Refusons la censure !

H Production le 17/06/2006 contact@hprod.org

 
Sur le Web : H Production
"Banlieues : autoportraits six mois après" sur France Culture
lundi 5 juin
Tous les mercredi de juin de 15h à 16h 30 : Le 7 : "Ma cité, mon cocon : jeunes filles entre elles et entre soi" de Khaled Sid Mohand. Le 14 : "Les cahiers de doléances de banlieue : entre citoyenneté et agressivité" d’Ilhame Taoufiqi. Le 21 : "Voyage à Vaulx-en-Velin : les transports en banlieue", d’Aude Lavigne. Le 28 : "Jeunes des quartiers, levez-vous : le tribunal de Bobigny six mois après" de Nejma Bouakra.
 
Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
Entretien avec Fouad Imarraine (membre du Collectif des musulmans de France)
mardi 6 juin 2006

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Nous reprenons ci-dessous un entretien avec Fouad Imarraine emprunté à la revue "ContreTemps" (éditions Textuel), n°12, paru en février 2005 et consacré à "Espaces publics et religions". Il a été extrait par Olfa Lamloum et Catherine Samary d’une longue interview réalisée par Nathalie Dollé.

Vous y évoluez depuis vingt ans, comment décririez-vous le « paysage islamique français » ?

Fouad Imarraine :La « communauté des pratiquants » si j’ose dire, celle des cinq prières et de celle du vendredi ne représente pas l’ensemble des musulmans. La majorité se reconnaît davantage dans l’expression du mois de ramadan ou à l’occa¬ sion des deux grandes fêtes. Nous avons encore de nombreux débats sur la notion même d’appartenance à l’islam quand un certain nombre de musulmans expriment leur « islamité » sur un plan prioritairement alimentaire ou festif. Plus ou moins pratiquante et très diverse, la communauté musulmane de France représente presque 10 % de la population du pays. C’est un poids démographique considérable.

Ce « poids » induit concrètement beaucoup d’interrogations aussi bien pour ceux qui y voient un apport au projet républicain et laïc d’un côté que pour ceux qui voient dans les musulmans un danger pour l’équilibre de la culture française. Les enjeux sont à la mesure des défis à relever pour réussir à bien vivre ensemble.

Mais ce qui marque aujourd’hui, c’est « l’expression spirituelle » des musulmans de France. Ces nouvelles générations ne veulent renier ni la culture des parents, ni celle de leur pays et encore moins l’héritage spirituel. A ces éléments, viennent s’ajouter les rencontres entre les musulmans de différentes origines et différentes cultures. La « francité » en tant qu’espace culturel et social ainsi que « l’islamité » de la culture d’origine sont les deux axes constitutifs de l’identité de ces expressions à la fois musulmanes et françaises. Cette expérience nouvelle permet une ouverture d’esprit et de cœur très vaste.

Je pense que cette communauté reconvoque les valeurs universelles de solidarité, de partage, de justice tout en vivant dans une situation socio-économique défavorisée. Le chômage, la délinquance, l’échec scolaire mais aussi le manque d’ascension socioprofessionnelle ou l’absence dans la représentation politique ont nécessairement des conséquences qui ne facilitent pas la compréhension d’une communauté complexe. Cette communauté de croyants se retrouve souvent malgré elle au centre de nombreux débats de société : social, culturel, politique, économique... Je reste cependant convaincu qu’il sortira quelque chose de positif de cette expérience historique. C’est la raison pour laquelle je tiens à cet aller-retour « l’islam est une chance pour la France qui est une chance pour l’islam. »

Parce que le contexte républicain, démocratique, laïc est favorable à l’épanouissement d’une pratique et d’une pensée religieuse ?

Fouad Imarraine : Plus que jamais l’islam a besoin de liberté, les musulmans ont besoin de sentir qu’ils peuvent discuter... C’est notre chance ici en France. Il existe des penseurs plus ou moins libres dans le monde musulman, mais en France il se produit un événement important : une référence spirituelle aussi ancienne que l’islam vient en position minoritaire à la rencontre d’une société plurielle. Cette alchimie crée forcément des tensions, toute la difficulté consiste à les anticiper, les prévenir et les guérir.

Nous avons été un certain nombre à notre époque à avoir agi d’abord en « réaction », on a tous plus ou moins dit à un moment : « je rejette cette société qui me rejette » et « vous ne voulez pas de moi, ça tombe bien je ne veux pas de vous non plus ». On a pensé que notre idéal était ailleurs, le plus souvent dans un pays musulman. Et une fois là-bas on est tombé de très haut parce que la réalité n’avait rien à voir avec le mythe que nous nous étions forgé.

Les rapports entre le citoyen, l’Etat et Dieu auxquels vous vous référez ne sont pas du tout vécus sous cette forme idéale dans les pays musulmans...

Fouad Imarraine : C’est le moins qu’on puisse dire, le modèle de relation entre État, religion et habitant auquel je rêve n’existe pour l’instant nulle part... Mais c’est aussi ce constat qui devrait nous aider à lutter contre l’imaginaire d’un islam trans-national qui ne tiendrait pas compte des cultures. Laissons les individus mener leurs propres expériences. Dans le temps et dans l’espace elles vont se confronter, se mélanger, s’enrichir, se confondre, se contredire et à partir des cheminements personnels émergeront des expériences collectives. C’est l’histoire de toutes les productions culturelles et civilisationnelles à travers le monde quand l’islam est venu à la rencontre des peuples ; il intègre ce qui n’est pas en contradiction avec la foi. C‘est bien ce qui m’intéresse : comment moi, musulman de France, je vais faire la connexion entre ce qui est imbibé en moi de culture française et ce que je peux sélectionner de la tradition culturelle et religieuse de mes parents. Cela ne peut pas se faire du jour au lendemain, c’est une longueur de vie ou même de deux ou trois générations...

C’est ce qui explique que vous êtes bien plus impliqués que vos parents ?

Fouad Imarraine : Effectivement. Il y avait pourtant eu un début d’action sociale dans le milieu de l’immigration maghrébine avant la Seconde Guerre mondiale. Une petite minorité active dans laquelle on compte des personnalités algériennes très importantes comme Malek Bennabi qui était très engagé auprès des travailleurs immigrés dans les années trente à Marseille où il organisait des cours d’alphabétisation. Bien plus tard à la fin des années soixante, on retrouve les ouvriers de la première génération dans les grèves autour des questions de foyers de travailleurs puis dans les conflits d’usines et même au début quatre-vingt on découvre quelques revendications au sujet des lieux de culte. Ma génération ne sort pas de nulle part, l’histoire est là, même si elle n’est jamais mise en valeur.

Pendant de longues années, les relations entre cette communauté musulmane et la société française ont été pacifiques ou plus exactement inexistantes. Le pouvoir politique comme la société civile voyaient dans l’immigré un homme qui allait repartir ou, à la limite, qui allait rester mais avec un statut d’assisté. Il ne faut pas oublier que nous sommes la génération des « Maisons des jeunes et de la culture » et aux résultats scolaires assez encourageants. Moi, quand j’allais au collège, on était peut-être une centaine d’élèves issus de l’immigration, on était moins de dix au lycée et deux à l’université. Je me souviens encore avec précision des discours qunous tenait en cinquième sur la pauvreté de nos parents qui n’avaient pas assez d’argent pour nous assurer de longues études. Ça laisse des traces et provoque légitimement un engagement.

Vous vous souvenez vraiment de ça ?

Fouad Imarraine : Comment peut-on oublier ? Je me suis finalement assez vite dit que dans un pays porteur de « valeurs universelles », il y avait un grave problème de fond à vouloir maintenir un groupe social dans son statut défavorisé. Ma « conscientisation » s’est traduite par un engagement immédiat contre une situation qui nous paraissait... à l’époque j’employais des termes trop forts et qui m’ont valu des visites de la préfecture parce que je parlais « d’ethnocide » ! Quand le discours vient de quelqu’un qui habite un quartier perdu, on se dit d’emblée qu’il ne peut pas avoir pensé tout seul, qu’il est nécessairement manipulé, il est donc immédiatement décrédibilisé...

Et suspecté des pires arrières-pensées. Vous êtes « nouveaux » et vous bousculez l’ordre établi, ce qui gêne même ceux qui disent vouloir changer cet ordre. Vous ne les laissez plus se battre pour vous mais vous vous voulez vous battre à leurs côtés ?

Fouad Imarraine : Et parfois sans eux, c’est cet aspect-là qui pose le plus de problème. Nous avons commis des maladresses dans le passé et encore aujourd’hui nous ne sommes pas des chevronnés de la communication, nous n’avons pas de projet politique élaboré, ce qui fait que nous pouvons être pauvres en terme de discours et commettre des impairs qui remettent en cause la compréhension de nos actions. Tous ces éléments font qu’on a du mal à nous cerner. Je dirais que pendant plusieurs années on n’a vraiment pas fait d’effort, au contraire : il fallait que ceux qui veulent nous comprendre viennent vers nous puisque c’étaient eux qui nous avaient mis dans cette situation. Je me rappelle que je disais souvent que je n’avais pas à me justifier devant qui que ce soit parce que personne n’est venu me sortir d’où j’étais. Je m’autonomise et on me montre du doigt parce que je suis en train de prendre un peu de pouvoir, c’est tout. Et face à ce type de discours réactif, on sort toute l’artillerie : « infiltration islamiste », « entrisme »...

Elle est très fine la marge de manœuvre entre l’assignation à l’intégration et la suspicion d’entrisme...

Fouad Imarraine : Dès le début des années quatre-vingt toute personne qui affichait son islamité était soupçonnée d’être un cheval de Troie, un sous-marin de l’Iran, ce qui rappelle l’histoire des guerres d’indépendances où ceux qui luttaient pour l’émancipation et la liberté étaient vus comme des subversifs et des terroristes. On retrouve parfois les mêmes clichés dans les quartiers, propagés cette fois par des progressistes. Nous ne pouvons plus accepter ces postures paternalistes et il a mal au ventre le « porteur de valises » [1] quand on lui démontre qu’il est dans la position du colonialiste. Je comprends que ce soit difficile à entendre pour lui ; mais en même temps, il faut bien prendre en compte que j’ai une conscience qui se réveille, que je veux prendre mon envol et agir...

Ceux qui m’ont précédé, la génération des quarante-cinq-cinquante ans, ont été très longtemps convaincus qu’ils n’étaient pas français et qu’ils retourneraient au pays. Au nom de l’histoire, il leur était inconcevable de prendre la nationalité française et nous avons eu de grands débats là-dessus à la fin des années soixante-dix, début quatre-vingt quand les plus jeunes disaient « je suis chez moi ici ». Mais le problème c’est que la France ne nous reconnaissait pas. « La marche pour l’égalité » très vite renommée « la marche des beurs » a été regardée d’un bon œil au début et puis sa rapide instrumentalisation politique n’a pas convenu à tout le monde. Elle avait mis en avant des revendications de droits qu’elle n’a d’ailleurs pas totalement acquis, mais pas de mémoire. Ce passé que nous revendiquons par la voie spirituelle, culturelle et politique a fait de nous des gens « indésirables » aux yeux des acteurs et des observateurs sociaux pourtant tellement enthousiastes au début de SOS racisme.

L’islam dans « la marche » n’était guère visible et la liberté de sa pratique n’était pas revendiquée.

Fouad Imarraine : Certains membres de la marche faisaient leurs prières dans leur coin, mais il est vrai que les revendications ne portaient pas directement sur ce sujet... Beurs, musulmans, fils d’émigrés, notre citoyenneté s’est donc découverte lentement ; elle peut se traduire par des instabilités, des provocations, des conflits, des souffrances, mais je suis confiant sur le long terme. Nous voulons tout simplement participer au développement social, politique, économique, spirituel ou artistique de notre société.

Quelle est votre définition de la citoyenneté ?

Fouad Imarraine : Chaque individu est porteur d’un certain nombre de droits et de devoirs qui le positionnent dans la collectivité. La définition classique et passive de citoyenneté serait donc l’ensemble de ces caractéristiques juridiques. Mais la citoyenneté peut avoir une acception plus active : c’est le mouvement par lequel un homme ou une femme s’engage à encourager de manière directe ou indirecte l’intérêt général. Les musulmans de France ont découvert cette notion de citoyenneté par étape et au fil de leurs expériences personnelles, en commençant par répondre à leurs besoins particuliers. Nous avons mis du temps à comprendre que si nous menions une action sociale, c’est que quelque part nous étions aussi porteur d’un projet politique. Ce qui fait d’ailleurs dire à beaucoup d’acteurs de la société que les musulmans ont un projet politique à partir de leur engagement religieux. C’est important de le souligner parce que nous sommes en pleine réflexion sur la nature d’une société plurielle, sur l’engagement avec les autres, comment, pourquoi ?...

Pourquoi faire de la politique ? Est-ce pour changer les choses qui vont mal ou pour imposer sa vision du monde ? En d’autres termes, comment ferait un musulman élu maire si un point de sa gestion devait se retrouver en contradiction avec ses principes ? Que fait-il de sa foi ? Autre exemple, le Coran nous demande de lutter contre la spéculation. Comment pouvons-nous aujourd’hui trouver des alternatives au grand marché de l’économie mondiale ? Autant de questions qui traversent l’esprit des musulmans engagés. Certaines ont des débuts de réponses, d’autres sont encore, et pour longtemps peut-être, en cours de réflexion...

C’est notre génération qui veut être active, qui devient visible et qui du coup gêne les « forces sociales en place ». Même les progressistes ont pensé que nous allions continuer à agir et à nous impliquer dans leur projet alors qu’il n’y avait pas nécessairement de vraie place pour notre sensibilité spirituelle et sociale. C’est ce qui fait que depuis une dizaine d’années de nombreuses associations de quartiers, souvent de gauche, nous voient comme une espèce de concurrent voire d’ennemi. « Pourquoi ne sont-ils pas avec nous » se demandent-ils, tout embêtés par la visibilité de notre expression. Et si nous ne sommes pas avec eux, ils nous rangent dans la catégorie des « contre eux », contre leur projet social, républicain et toute la rhétorique.

La mutation a pris vingt ans, sa profondeur et sa rapidité ont surpris bon nombre de spécialistes. Le corollaire c’est que le retard pris par la maîtrise de la compréhension de cette « nouvelle » catégorie de Français a permis le développement de tous les fantasmes et souligné le manque de considération d’une partie de la nation envers une autre. Il faut encore ajouter que les questions internationales liées à l’islam n’ont pas simplifié la situation, elles ont au contraire rendu sa compréhension encore plus difficile.

A quelle époque précisément l’actualité de l’islam mondial rencontre-t-elle l’histoire des musulmans de France ?

Fouad Imarraine : Tout commence en 1979 avec la révolution iranienne dans une mentalité nationale qui n’a pas fini de travailler son passé colonial. Les rapports entre la France et l’islam ont toujours été nombreux, compliqués et évolutifs ; il faut tenir compte de la durée historique, mais il faut reconnaître que l’environnement international a influencé très négativement la vision que la société française porte à la fois sur l’islam et sur « ses » musulmans.

On craint d’abord celui qui est visible, celui qui renvoie à l’islam de l’étranger, celui qui casse le rêve d’uniformité et s’isole. On craint ensuite celui qui s’organise et celui qui revendique. Pourtant il faut faire attention aux raccourcis et ne pas assimiler d’emblée le « groupe de jeunes » qui vit en vase clos en banlieue, en centre ville ou à l’université avec le renfermement et la dynamique qui débouchent sur l’Algérie du début des années quatre-vingt-dix, l’Afghanistan des talibans ou septembre 2001. Attention, il peut exister des similitudes d’expression, mais il faut y regarder de plus près. En cas de rupture de communication ou de transmission, quelqu’un qui cherche un sens à la vie viendra naturellement trouver des réponses dans la culture de sa famille. Beaucoup doivent chercher et découvrir tout seuls les éléments de réponse. Ils ont donc subi tout à la fois ou successivement des échecs, des revers et des incompréhensions qui peuvent les mener à un mouvement de radicalisation personnelle. Les mêmes peuvent aussi finir par trouver leur épanouissement même si le processus peut prendre dix ou quinze ans... Nous assistons aujourd’hui à une autre tendance très forte exprimée par des jeunes et des moins jeunes qui vivent une pratique religieuse non pas dans le rejet de la société qui les a fait socialement progresser, mais dans le souci d’être en harmonie avec leur univers de références sociales et culturelles... Une quête de spiritualité pour accompagner le sens de la vie.

On a souvent une vision « essentialiste » de l’islam, qui serait « par nature » agressif par exemple.

Fouad Imarraine : Cette tendance à essentialiser, à ne pas chercher à connaître avant de juger, à être de mauvaise foi fait partie des rapports naturels entre les hommes. Mais il faut reconnaître que les musulmans ont aussi une part de responsabilité, nous devons assumer ce qui ne va pas et nous donner les moyens d’y remédier. A nous peut-être de devenir adultes et d’arrêter de penser que nous sommes systématiquement des victimes. Je pense que c’est une attitude qui explique en partie que l’ensemble de la société française ait encore du mal à accorder aux musulmans la possibilité d’une citoyenneté à part entière comme si la pratique de l’islam diminuait proportionnellement l’intensité de leur citoyenneté. Évidemment l’implication de quelques jeunes français dans des projets ou des actes terroristes n’a rien arrangé. Des individus, souvent connus de la police française ou liés à des chancelleries étrangères ont eu pendant trop longtemps la possibilité de tenter d’embrigader des jeunes. Heureusement et malgré les dégâts causés, ce phénomène est resté très restreint. Et pour revenir à ce que nous disions, les situations difficiles traversées par beaucoup de pays dits musulmans renforcent l’idée que l’islam en lui-même pose problème.

Pour être admis dans le processus constitutif de la représentation officielle des musulmans de France il fallait signer une « déclaration préalable » reconnaissant quelques grands principes de la république. Les membres du « Collectif des musulmans de France » (CMF) ont refusé de remplir cette condition, la jugeant infamante. Aujourd’hui le « Conseil français du culte musulman » (CFCM) existe, vous regrettez de ne pas en être ?

Fouad Imarraine : Pas du tout, nous avons eu la bonne attitude et l’actualité nous donne raison. Ce Conseil n’est pas la « représentation » des musulmans et ne peut s’intéresser qu’au culte, ce qui est d’emblée un champ beaucoup plus étroit. Les articulations entre le niveau régional et le national sont toujours pour le moins confuses ; le CFCM n’a pas le droit de prendre de décision politique ni d’être considéré comme un espace théologique ; il est censé résoudre des problèmes pratiques qui de toutes manières sont résolus sur le terrain et au niveau local. Donc je ne vois toujours pas l’utilité de cet organisme. Quand en plus le président du CFCM clame qu’il est en fonction parce que le gouvernement le lui a expressément demandé, on ne peut plus nier la gestion politique de l’islam, un comble quand même pour notre pays qui clame si fort et si haut sa spécificité laïque... le CFCM a été pensé comme une caisse d’enregistrement musulmane des décisions gouvernementales et ceux qui ne s’y rallieront pas seront encore une fois désignés par tous les qualificatifs en « iste », du fondamentaliste à l’intégriste en passant par le littéraliste et l’extrémiste...

Rappelons que la légitimité du CFCM est liée à une volonté très appuyée du gouvernement. Je vois mal des gens mis en place dans leur fonction par un pouvoir s’opposer aux orientations de ce dernier. La situation est d’autant plus difficile à gérer que les ambassades étrangères y sont impliquées de près. Par ailleurs et bien qu’il ne soit pas issu d’une volonté populaire, le CFCM se retrouve dans un rôle très délicat quand la base musulmane se sent discriminée par un choix politique du gouvernement sur une question liée au culte tel que le foulard. Il y a de fortes chances que ce genre de situations se répète et le CFCM va passer son temps à résoudre ses propres crises internes.

La représentation des musulmans a été traitée comme un fait politique soumis dans son organisation à un temps politique alors qu’elle relève du fait de société qui a besoin d’un temps je dirais presque... philosophique. Nicolas Sarkozy est allé chercher un avis religieux auprès de l’université islamique d’Al Azhar en Égypte pour justifier de la loi contre le foulard. C’était légitime ?

Fouad Imarraine : C’est encore une fois la preuve flagrante d’un double discours particulièrement cynique. La recherche d’une légitimité en Égypte ne s’adresse pas aux musulmans de France mais aux musulmans de l’extérieur parce qu’il y va des intérêts diplomatiques ou économiques de Paris. Il faudrait donner des « gages théologiques » aux pays arabes, ce qui accessoirement peut aider un certain nombre de dictatures dans leur propre gestion interne, celles qui sont tellement choyées par la France. Il n’est pas très habile d’un côté de clamer haut et fort que l’islam de France doit couper ses liens ombilicaux avec les pays d’origine et dans le même temps d’aller consulter un savant égyptien sur un problème complètement français pour envoyer un signe de politique étrangère... Ce qui démontre s’il le fallait encore que le fait islamique en France est géré dans une logique diplomatique et marchande.

Là non plus le ministre de l’Intérieur n’est pas un précurseur, je me souviens qu’avant de prendre la décision de se lancer dans un projet de représentation des musulmans, Jean-Pierre Chevènement avait fait le tour des capitales arabes pour observer et prendre conseil. Et le modèle a d’ailleurs bien été importé en France puisque le politique se mêle de nouveau directement du religieux ! Il ne faudra pas s’étonner après que le religieux s’immisce à son tour dans le politique... Je pense que le gouvernement commet une très grave erreur en s’ingérant tellement dans notre culte et que les fidèles vont avoir du mal à le comprendre. Savez-vous qu’un représentant des renseignements généraux siège aux réunions du CFCM ? Mais c’est en vain que nous dénonçons depuis le début le principe de l’implication de l’État dans l’organisation et la gestion de l’islam. Toute l’ambiguïté se situe au niveau de ce ministère à la fois chargé du culte et de la surveillance du territoire. Les choses seraient plus claires et les rapports plus sains si les deux charges étaient séparées. Mais la condition de départ serait que la société et ses représentants se décident à faire confiance au religieux. C’est le reproche majeur, on ne pourra jamais discuter à égalité tant que l’État maintiendra ce type de rapport dominant et suspicieux avec l’islam et les musulmans. Il faut faire confiance si on veut que les gens se comportent de manière responsable. Nous souhaiterions donc que les questions relevant des cultes soient confiées à un autre ministère, celui de la Culture par exemple ou qu’il y ait un secrétariat d’État chargé du culte. Ce transfert me paraîtrait une belle façon de célébrer le centenaire de la loi de 1905...

Et le « Collectif des musulmans de France » ?

Fouad Imarraine : Il existe officiellement depuis 1992, avec des hauts et des bas. J’en étais le porte-parole pendant six ans, il s’est fait connaître en s’impliquant publiquement en 1995 au moment de l’interdiction de séjour de Tariq Ramadan, nous l’avons moins soutenu pour une question de personne d’ailleurs que pour lutter contre une censure. C’était lui à ce moment-là, mais, comme il fait partie de notre génération, ça pouvait être nous plus tard.

Le Collectif est un rapprochement informel de sensibilités proches et dynamiques, un groupement de fait. On a voulu éviter tout ce qui pourrait devenir des enjeux de pouvoir entre nous. Sa nature est en perpétuelle question : est-il une fédération, un groupe, une tendance, une plate-forme ? L’idée est en tout cas de rester un véritable mouvement d’engagement mais avec une grande souplesse. Ce collectif a participé à la formation de beaucoup d’entre nous et le discours que je vous tiens aujourd’hui a été longuement alimenté par nos débats internes.

Quelle est l’explication de votre présence au Forum social européen de Saint-Denis en novembre 2003 ?

Fouad Imarraine : Je veux défendre et partager un espace commun parce que je suis convaincu que c’est la seule démarche possible au niveau planétaire : trouver un cadre de valeurs universelles assez large pour qu’un maximum de gens puisse s’y retrouver...

 

[1] Sympathisant français et actif à la cause de l’indépendance algérienne


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Messages de forum :
Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
jeudi 6 juillet 2006
par  Islami-cité

Merci pour cet excellent article. La question de l’effraction du stigmate islamique (à l’image de Ribéry qui prie ostensiblement avant le coup d’envoi) et de la légitimité de l’acteur religieux dans l’espace public, doit être à mon sens portée de façon beaucoup plus forte et explicite par les Indigènes.

La déconstruction du post-colonialisme et de l’indigénat n’est pas d’abord une question de fond (la lutte contre une discrimination parmi d’autres), elle est surtout une question de ton (par exemple français et musulman versus national-républicain, brandir le drapeau algérien pour fêter la victoire de l’équipe de France...) dont participent bien évidemment les couleurs (noir/arabe versus blanc), mais qui ne s’y réduisent certes pas.

En termes plus savants, la lutte doit être étayante et non pas contenante (ne pas présupposer que la démarche militante se suffit à elle-même), si on ne veut pas devenir gaiement et rapidement insignifiants.

S’cusez le jargon. Tout ça pour dire : attention à ne pas nous enfermer dans notre "vérité", à nous clore comme une huître comme toutes les autres organisations "radicales", à nous tribaliser. Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des rapports à la vérité.

Fraternellement.



Alexandre

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Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
jeudi 6 juillet 2006
par  un enragé d’ici-bas

Salam, Ce que tu dis-écris m’intéresse, à 2 titres, au moins : 1- sur le fond,

J’avoue que j’ai beaucoup de mal à te comprendre : "l’effraction du stigmate islamique (à l’image de Ribéry qui prie ostensiblement avant le coup d’envoi) et de la légitimité de l’acteur religieux dans l’espace public, doit être à mon sens portée de façon beaucoup plus forte et explicite par les Indigènes". Ca veut dire quoi "bcp plus forte" et "bcp plus explicite" ? Concrètement, je veux dire. "En termes plus savants, la lutte doit être étayante et non pas contenante (ne pas présupposer que la démarche militante se suffit à elle-même), si on ne veut pas devenir gaiement et rapidement insignifiants". Pareil, ça veut dire quoi "étayante et non contenante" ?, Mais concrètement ? "Il n’y a pas de vérité, il n’y a que des rapports à la vérité.". Là, je ne suis carrément pas d’accord. Qu’est-ce qui te permet d’affirmer qu’il n’y aurait que des rapportsà "la vérité" ? El laquelle, d’abord ? Qui peut "garantir" son existence, quelque part, un peu "hors contexte socio-temporel" et qu’il suffirait d’"établir" le(s) bon(s) rapport(s) avec elle ? N’est-ce pas à chacun "sa" vérité. Pour ma part, je parlerais plutôt de vérité(s). Vérité(s) qui changent, évoluent, au gré des expériences, des acquis, des sociétés, des humains, etc. N’est-ce pas "la meilleure" façon de ne pas s’enfermer dans "sa tribalité" ? et de s’ouvrir le plus possible aux événements, aux autres et à lavie... !

2- sur la forme : la radicalité ?

Est-on obligé pour dire son message (et donc convaincre) d’être radical ? Radical, en quoi ? Radical, comment ? Et ed’abord, c’est quoi radical ? Quelqu’un pourrait "définir" ce mot ? Personnellement, j’aime les définitions. Ca sent, le figé, en général, contrairement à la vie, dynamique, par essence. J’ai bcp de mal avec à saisir ce mot "radical". Il sagirait, plutôt, pour moi, simplement de dire les choses telles qu’on les voit-conçoit, sans "jargon" inutile, ni de phraseologie "radicale", chèrs à certains (révolutionnaires, entre autres). La radicalité, en elle-même, a joué bcp de mauvais tours à bcp de "groupes" et organisations, même de nos jours... A force de vouloir être radical, comme tu dis, on passe à côté. D’où bcp d’échecs.. historiques ! Ceux qui rêvent de construire le fameux "parti unifié de la classe ouvrière" attendent tjrs.. le début du commencement de sa réalisation. Et sans ironie ! Au risque de faire sursauter certains, toute "vérité non comprise et non adoptée par la grande masse n’en n’est pas une, peut-être ? Pourquoi vouloir absolument faire le bonheur de la masse malgré elle ?

Dernière remarque :"La déconstruction du post-colonialisme et de l’indigénat n’est pas d’abord une question de fond (la lutte contre une discrimination parmi d’autres". Là, je suis carrément attérré, et même un peu en colère. A force de relativiser les discriminations (moi, je parlerais plutôt de système raciste, très subtile certes, mais néanmoins bien réel et durable, depuis le temps que ça dure) que subissent les post-colonisés, on va finir, très bientôt, par les banaliser définitivement. Et pour ne rien te cacher, je pense même que c’est déjà en route,au moins en partie. Puisqu’apparemment, l’immense majorité de nos élites, éclairées et sympatiques, mais aussi des citoyens sont entrain de reprendre cet argument pour justifier "leur" impuissance à prendre leurs résponsabilités, d’humains tout simplement. Je ne suis pas du tout d’accord, non plus, quand turamènes tout cela à "UNE" discrimination. Parle pour toi cher ami. Je vois bien qu’on t’as pas traité de "sale arabe" ni de "sale bougnoule". On t’as pas non plus craché au visage, à cause de "ta sale gueule" de métèque. On t’as pas non plus refusé de logement pour délit de sale gueule et mauvais "nom". On t’as pas non plus refusé en boîte, alors que tu étais bcp mieux habillé que tes copains blancs. On t’as pas fait trimer comme un chien, à faire les sales boulots de merde, dont tes collègues blancs ne veulent pour rien, alors que t’es universitaire, avec bac plus 5 à bac plus 10, etc, etc, etc. T’appelles ça "UNE" discrimination ? J’espère que t’es pas sérieux et que tune le penses pas. Mais, tu ne serais pas le seul. C’est là le problème. Petite anecdote : très récemment, dans un débat sur les enfants sans papiers autour du bouquin écrit par anne Hintzinguer sur le sujet (éd. la dispute, sauf erreur), le responsable local, du syndicat SUD a affirmé, suite à 2 interventions, dont la mienne, remarquant que toutes ces lois anti-immigrés s’expliquent largement par la montée fulgurante du racisame et de la xénophobie en france,qu’il n’y avait pas de racisme en france et qu’i l y aurait des racistes aussi bien chez les arabes,les noirs que les blancs ! "Moralité" de l’histoire : aujourd’hui, et depuis tjrs, d’ailleurs, ce sont les arabes et les noirs qui sont au pouvoir en france. Et ce eux qui ont, et continuent, à exclure, pour mieux les dominer, les blancs, de tout : travail, logement, culture, médias, espaces politiques, etc (la liste est longue). Pire, ce sont les noirs et les arabes qui, après les avoir colonisé, pillé grâcieusement les richesses immenses de leurs pays d’origine, les ont installé "définitivement" dans un état d’infériorité racialo-social, qui perdure et se renforce à bien des titres. Ce sont, tjrs et encore, les mêmes arabes et noirs, qui "bavurent" les blancs, y compris et surtout dans leurs cités, comme le faisaient certains blancs, loin.. là-bas où existait l’apartheid.Mais, c’est vrai que c’était des blancs africains. Donc forcément "sauvages" et flingueurs, n’est-ce pas ? Salauds d’arabes et de noirs, va ! Et bien entendu, ces quelques vérités, je veux exprimer ma haine du pays, diviser les communautés (encore un autre argument à la mode). Mieux, je suis un vulgaire raciste" !!!! Décidément, y a vraiment bcp à faire ... salam


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Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
samedi 15 juillet 2006
par  Alexandre

salut,

permets-moi de te faire remarquer que tu illustres parfaitement mes propos : le racisme édenté dont tu fais preuve à mon égard fait aussi partie de ce qui donne le "ton" de notre lutte.

Sinon sur le fond tu dis pas que des conneries, sauf que tu as lu de travers :

1. quand j’écris que "la déconstruction du post-colonialisme et de l’indigénat n’est pas d’abord une question de fond (la lutte contre une discrimination parmi d’autres)", cela veut dire : "la déconstruction du post-colonialisme et de l’indigénat n’est pas la lutte contre une discrimination parmi d’autres". Par exemple, à mon sens, elle ne peut pas être mise au même niveau et au même plan que la lutte contre les discriminations à l’égard des homosexuels.

2. A propos de l’étayage et de la vérité, tu illustres assez bien ce que je voulais signifier : " Pour ma part, je parlerais plutôt de vérité(s). Vérité(s) qui changent, évoluent, au gré des expériences, des acquis, des sociétés, des humains, etc. N’est-ce pas "la meilleure" façon de ne pas s’enfermer dans "sa tribalité" ? et de s’ouvrir le plus possible aux événements, aux autres et à lavie... !". Mettre au pluriel vérité ne me dérange pas, à partir du moment où tu dis en substance, comme moi, que la manifestation de la vérité s’étaye toujours sur son contexte d’émergence, que la vérité pure n’existe pas. Et donc qu’on ne doit pas agir pour qu’éclate cette pure vérité, qui n’est qu’un fantasme, dans l’objectif de faire triompher une figure illusoire, par exemple un indigène qui, même musulman, serait, conformément à la vérité universelle qui devrait éclater au terme du progrès, pour le mariage homosexuel...

3. En d’autres termes, et si tu me le permets, je crois que la lutte indigène n’est pas messianique, et c’est ce qui fait son originalité par rapport aux autres groupes "radicaux" de gauche. Et qu’on devrait mettre cette originalité plus en valeur, par exemple en faisant nôtre et en politisant ce qui a l’air de n’être affaire que de moeurs et de morale, et qui est porté à mon sens spécifiquement par le mouvement social islamique, à savoir la lutte contre les tyrannies de l’intimité qui tendent à réduire l’espace public à l’espace de déploiement de nos désirs (ne serait-ce qu’à travers la pub et l’instrumentalisation honteuse du corps féminin).

4. Oui, je suis persuadé que le mouvement des indigènes de la république est un maillon dans le grand dérèglement du récit de la modernité occidentale. Grand bien nous fasse. A condition de ne pas nous laisser happer même à notre corps défendant par le tribalisme national-républicain et son miroir aux alouettes universelles.

Salam.


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Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
dimanche 16 juillet 2006
par  Un enragé d’ici-bas

Salam,

Merci pour les éclaircissements. Dont acte. Globalement d’accord, même si tout n’est absolument pas clair dans ma tête. Ca viendra peut-être. Vive l’échange. Entre gens qui se respectent. C’est mon cas, en tout cas. " le racisme édenté dont tu fais preuve à mon égard fait aussi partie de ce qui donne le "ton" de notre lutte" ??? Quand au "racisme édenté" dont je fais preuve à ton égard.. Là, j’avoue que je comprends moins. Exprimer mon désaccord avec ton point de vue, et même ma colère à ton égard, serait du "racisme édenté", selon toi ? Ta reflexion ne repose sur absolument rien de solide. Je t’ai demandé par ailleurs des éclaircissements. Serait-ce aussi du "racisme édenté" ? Si j’étais un petit chouiya malhônnete, je crierai au scandale et à l’offense envers ma petite personne. Mais, je ne t’en tiendrai pas trop rigueur. Au delà de ma petite personne, et de ce qu’elle peut (ou pourrait) ressentir, l’important pour moi, c’est le point de vue que t’as exprimé. Et que je connais, et que j’ai entendu, et que j’ai souvent lu, même sous d’autres versions, et que je ne partage pas du tout, et que je considère comme "dangereux" même, dans le mesure où il contribue au déni d’existence dont souffrent tous ceux qui n’ont ni la couleur de peau, ni le nom "convenable". Tu t’en expliques. Dont acte.

Exemples pour illustrer mon propos : 2 plus exactement (je préfères souvent citer des exemples, au lieu de faire un discours abstrait, qui souvent reste "abstrait") :

-1er exemple : Dans un débat portant sur l’exclusion auquel j’ai assisté, il y a plusieurs semaines, avec la participation d’un élu départemental local, qui par ailleurs, est un élu européen connu du sud ouest, je lui ai posé la question suivante :" dans votre intervention, en parlant des causes de l’exclusion, vous avez omis de citer les raisons de race..". C’était à peu près mes propos, auxquels j’ai ajouté :"vous savez l’exclusion pour cause de race non convenable, ça existe ! On est en 2006, et je ne comprends pas que ça vous gêne encore ?". En réponse, notre élu a parlé de discriminations, après avoir marqué un long moment d’hésitation, pour choisir ses termes, je suppose. Ca lui a pris 30 secondes. Je te ferais remarquer que je n’étais ni agressif (je ne le suis jamais, because of éducation de ma pauvre vieille mère) ni provocateur, et encore moins "raciste édenté". Come quoi, les ghettos en france ça n’existe pas, la ségrégation raciale, non plus.. Même si, en 2006 encore, 90%, au moins, des vigiles et autres agens de sécurité et gardiennage (dont beaucoup sont des diplômés universitaires, ,ne sont pas des arabes et des noires. Comme si, 90% des travailleurs en maçonnerie ne sont pas turcs, arabes, noirs. Comme si tous les autres "métiers" et "sous métiers" (que je connais très bien, pour lesavoir exercés) n’étaient pas résérvés aux arabes et aux noirs. Comme si l’exclusion de l’école ne touchait pas massivement toujours les mêmes : les arabes et les noirs. Comme si les "logements" insalubres (et le mot est vraiment gentil, parce que je connaîs très bien cette question, par expériences, longues expériences, avec tous ses aspects, visibles et non visibles) n’étainet massivement "réservés aux mêmes. Comme si les prisons de france n’étaient pas bourrées d’arabes et de noirs... Je peux continuer comme ça... C’est déprimant, j’en conviens. Même c’est "notre" réalité. Ei il ne nous servira en rien, à long terme, de jouer à l’autruche en déniant son existence, sauf à jouer à l’irresponsabilité totale et à la démagogie. Ce qui se payera certainement, d’une façon ou d’une autre. Mais peut-être par les futurs générations. Et quand il sera trop tard.. comme aux USA...par exemple. 2ème exemple : Plus récemment, et dans une autre rencontre, sur la mémoire et ses enjeux, et alors que je faisais remarquer à l’invité principal du débat (le responsable local de la LDH, qui est par ailleurs grand avocat du barreau, connu même nationalement) que ses critiques (jointes à celles d’autres) portant sur le surgissement et le développement du communautarisme "viseraient" plutôt à "confisquer" la parole aux descendants d’esclaves qui se sont battus, becs et ongles, pour la reconnaissance de leur histoire en france, il me fît un discours sur la république, ce qui ne me dérangea pas du tout. Par contre, quand je lui fis remarquer que la république nous est fermée et que les descendants d’esclaves, par exemple, qui voudraient investir l’espace public par le biais de la question de la reconnaisssance de leur mémoire,seraient, pour moi, parfaitement légitimes, comme tout un chacun, en république, il me répondit que "la république fonctionnait parfaitement", tout en feignant un peu la colère, suite à ma première remarque, qui trouva mal placée !!! Sans commentaires ! La salle l’a applaudit. Sans commentaire aussi ! Alors, suis-je "raciste édenté". Je ne peux pas m’empêcher de me souvenir de l’expression "le communiste, le coup entre les dents", de triste mémoire ! Mais, enfin, je ne suis pas trop vexé, j’en ai vu d’autres.. et j’enverrai certainement d’autres, puisque je suis décidé à ne pas fermer ma petite gueule. Advienne que pourra, après tout ! Vieve l’échange,

salam


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Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
mercredi 19 juillet 2006
par  Alexandre

Salam,

et merci pour ta réponse. Tes exemples parlent d’eux-mêmes, je suis sur la même longueur d’onde concernant le discours "républicain" (en fait tribal) sur le communautarisme. Pour les "républicains", la lutte antiraciste est communautariste si elle est l’oeuvre de ceux qui sont victimes du racisme...

Pour le racisme édenté, je faisais référence de façon polémique à ton entreprise de disqualification de mes propos (lorsque tu disais que je ne pouvais pas comprendre, parce que je n’avais pas été moi-même victime de racisme...), mais tu auras compris dans mon dernier message que je ne le trouve pas vraiment condamnable, même si j’en suis la cible. Car oui, c’est vrai, relativement au racisme et au colonialisme, comme disait Aimé Césaire, tu es spécialiste de ta condition, à la différence des Blancs en général. Continue à te servir de cette connaissance intime comme tu le fais en réunion publique, mais ne la galvaude pas en l’exposant au 1er message de forum qui t’étonne !

Par ailleurs, je ne suis pas sûr d’avoir bien compris : es-tu globalement d’accord avec mon dernier message ou considères-tu qu’"il contribue au déni d’existence dont souffrent tous ceux qui n’ont ni la couleur de peau, ni le nom "convenable"" ?

Fraternellement


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Le « paysage islamique français » et la citoyenneté
jeudi 20 juillet 2006
par  un enragé d’içi-bas

Salam, je suis d’accord globalement avec ton dernier message. On continue... Mais, je préfère "taire" cet échange, pour quelques jours au moins, par respect aux morts et victimes de cette guerre injuste menée par israël contre les frères libanais et palestiniens. J’espère que tu ne m’en voudras pas, les autres non plus...

salam


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    7 juillet 2008

  106. La défaite de la pensée souchienne
    16 juillet 2008

  107. Critique de la raison souchienne
    18 juillet 2008

  108. La racaille, l’islamiste, le revanchard et le censeur
    19 juillet 2008

  109. Egalité, équité, universalité
    7 août 2008

  110. Est-il interdit de juger un musulman pendant le Ramadan ?
    6 septembre 2008

  111. Le Mahométan N’A (Décidément) Pas Fini De Nous Inquiéter
    6 septembre 2008

  112. La France se prend pour l’assistante sociale des pauvres musulmanes
    21 septembre 2008

  113. Total soutien à la "Rumeur"...
    27 septembre 2008

  114. Rétention : le ministre ment
    3 octobre 2008

  115. Je suis une bête, un nègre...
    10 octobre 2008

  116. Nouvelle chute mortelle d’un sans-papiers lors d’une intervention de police
    10 octobre 2008

  117. Rapport 2006/2007 de l’Observatoire des Bouches-du-Rhône sur les violences policières illégitimes
    12 octobre 2008

  118. Reconduites volontaires “à l’insu de leur plein gré”. Brice le prestigitateur (suite et pas fin)
    13 octobre 2008

  119. DES FILLES VOILEES PARLENT
    14 octobre 2008

  120. La « Marseillaise » a encore été sifflée !
    15 octobre 2008

  121. Claire Villiers sur l’affaire de la Marseillaise
    17 octobre 2008

  122. Lettre aux députés
    20 octobre 2008

  123. La France promeut un modèle anti-émeute d’exception
    20 octobre 2008

  124. Sarkozy a enfin trouvé un moyen d’augmenter les statistiques policières
    20 octobre 2008

  125. À quand un Beur candidat à la présidentielle ?
    22 octobre 2008

  126. L’Institut Mehdi Ben Barka - Mémoire Vivante et le SNES - FSU appellent à un rassemblement à la mémoire de Mehdi Ben Barka
    28 octobre 2008

  127. Alliot-Marie dénonce les violences anti-noirs.
    29 octobre 2008