Extrait du sommaire.
Misères et splendeurs noires (Noël Bouttier), Les fantômes de la République (Ivan du Roy), La France est discriminatoire(Patrick Lozès interrogé par Ivan du Roy), Le combat sur la couleur de peau est archaïque(Entretien avec Patrick Chamoiseau), Garges : 42000 âmes, 62 ethnies (Ariane Puccini), Amoureuse des couleurs (Christiane Taubira), Des opinions diverses parmi lesquellesAngela Davis et Patrick Chamoiseau, Le combat noir (Ivan du Roy), L’Etre supême est africain (Henrik Lindell), "L’humanisme africain libérera l’Occident"(Emmanuel Lafont)

Panthères noires, histoire du Black Panther Party, publié en avril 2006 aux éditions L’échappée, vient faire le point et rétablir utilement les faits. L’auteur, Tom Van Eersel, qui a mené pendant deux ans une enquête et interrogé de nombreux anciens membres de ce parti, en retrace l’histoire depuis sa fondation en 1966 jusqu’à sa décomposition à partir du milieu des années 70 sous les coups du FBI. Tom Van Eersel rappelle le légalisme initial du BPP. Il ne s’agit pas pour le parti de mener des actions de guérilla mais d’assurer l’auto-défense armée des Noirs dans le cadre des lois et de la constitution américaine. Le BPP organise ainsi des « contrôles de la police » qui lui donnent rapidement une grande notoriété au sein de la population noire. « Habillés en noir, munis de leurs manuels de droit, de magnétophones et de leurs armes (...), la quinzaine de membres que compte le Parti descend dans la rue pour surveiller les patrouilles de police, les empêcher d’abuser de leur position dominante face aux automobilistes qu’elles arrêtent et pour conseiller ces derniers quant à leurs droits »(p.51). L’un des fondateurs du BPP se souvient : « Huey avait un don pour s’exprimer, parce qu’il était précis. Moi, je m’exprimais plus familièrement. Mais quand la police nous disait qu’on avait pas le droit de les observer, Huey répondait : « En vertu des lois en vigueur, édictée par la Cour suprême de Californie, tout citoyen a le droit d’observer un policier en train de faire son devoir, tant qu’il reste à une distance raisonnable. Une distance raisonnable dans ce cas précis va de huit à dix pieds (environ trois mètres) ». »(p.52)
Le deuxième type d’actions que mènent les panthères noires consiste en l’organisation de programmes sociaux pour « servir le peuple ». Ils mettent ainsi sur pied des cantines gratuites et des écoles pour les enfants, lancent des campagnes contre l’anémie et la tuberculose et développent un système d’ambulances et de cliniques gratuites, ils accompagnent des personnes âgées à l’hôpital ou à la banque, distribuent des vêtements ou s’occupent de la maintenance des habitations. De multiples actions sociales qui s’inspirent de la politique du Black Power que résument Stokely Carmichael et Charles Hamilton en 1967 : « Il s’agit pour les Noirs de prendre le contrôle de leur (vie). Si nous y parvenons, nous contrôlerons nos vies politiquement, économiquement et physiquement »(cité p.71).
Face à l’écho grandissant que rencontre le BPP au sein de la communauté noire mais également de la gauche alors en pleine effervescence, la machine policière américaine déploie toute sa puissance de destruction, interpellant les militants et les condamnant à de lourdes peines (certains sont toujours en prison comme Mumia Abu Jamal) ou organisant leur assassinat. Au milieu des années 70, le BPP est quasiment détruit. Il se scinde alors en une tendance légaliste et une autre militariste avant d’éclater en petits groupes isolés. Il disparaîtra complètement en 1982. L’Amérique blanche est tranquille...
Tom Van Eersel, Panthères noires, histoire du Black Panther Party, éditions L’échappée, Paris, avril 2006, 160 p., 12 euros.