MOUVEMENT des INDIGENES de la REPUBLIQUE*
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Sortie du n°12 de notre journal L’Indigène de la République
jeudi 17 juillet
Le Sommaire de L’Indigène de la République

  • L’ « union pour la Méditerranée ou les vertus de l’imposture »

par le Bougnoulosophe

  • L’accueil des étrangers dans les préfectures : mode d’emploi

par Abdou

  • « L’acharnement contre les musulmans est permanent, c’est une guerre incessante »

Entretien avec Abdelaziz Chambi

  • Un viol collectif… mais laïc et républicain

par Hako et Didon

Dossier :

Enjeu de l’autonomie politique

  • « Black power » et autonomie politique indigène

Par Sadri Khiari

  • Construire notre indépendance, plus que jamais

Par Youssef Boussoumah

  • Un quartier en marche pour l’un des siens et pour tous les nôtres :

par Rakim

  • Contre le racisme, mais aussi contre l’autonomie

par Atman Zerkaoui

  • Introduction à la philosophie souchienne

par Gilles d’Elia

Luttes et figures anticoloniales

  • Omar al-Mokhtar, « Le lion du Sahara »

Par Abdou

Histoires coloniales

  • Petite histoire de domination culturelle : La « carte créole »

Par Olivier

Controverses indigènes

  • Islam et résistances anti-impérialistes

par Youssef Girard

Vues d’Afrique

  • La Françafrique est morte, vive la Françafrique !

par Fadel Dia

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POINTS DE VENTE DE "L’INDIGÈNE DE LA RÉPUBLIQUE"
mercredi 16 juillet

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- Librairie Alphagraph, 5 rue d’échange, 35000 Rennes.

A Toulouse

- Librairie Terra Nova - 18, rue Gambetta, 31000 Toulouse

- Cinéma UTOPIA - 24 , rue Montardy, 31000 Toulouse

- Cinéma UTOPIA - impasse du Château, 31170 Tournefeuille

A Lyon

- Librairie Tawhid, 10 rue Notre-Dame, 69006 Lyon

- Librairie La Gryffe, 5 rue sébastien gryphe, 69007 Lyon

- Librairie Terre des Livres, 86 rue de Marseille, 69007 Lyon

A Strasbourg

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A Besançon

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En Ile De France

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Un grand merci et toutes nos salutations anticolonialistes.

 
Nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie du n°11 de notre journal L’Indigène de la République
vendredi 25 avril

Le Sommaire de L’Indigène de la République

Edito : « Combien de claques encore ? » par Sonia Barbacha

Et la question sociale ? par Athman Zerkaoui

Le plan Banlieue par Sylvie Tissot

La « lutte contre les mariages forcés » : instrument de la contre- révolution coloniale Par Abir

Hommage à Aimé Césaire

Dossier : Le 8 mai, Marchons !

- Tous à la Marche décoloniale du 8 mai 2008. Collectif de la Marche du 8 Mai

- JO 68, le prix de la dignité. Par Abdelkrim

- La leçon des municipales : construire notre propre organisation politique antiraciste et décoloniale. Par Walou

- 60 ans après la Naqba, que peuvent pour la Palestine, les indigènes ? Par Youssef Boussoumah

- Tant que les lions n’auront pas leurs griots, les histoires de chasse seront celles des chasseurs. Par M’Baireh Lisette

- « La présence française en Algérie était un cauchemar » Interview recueillie par Hasna El Harrar d’une algérienne qui a échappé aux massacres de Guelma

- Séropo et indigène : un cocktail destructif Par Reda Sadki, responsable au sein du « Comité des familles pour survivre au sida »

Chroniques Vu d’Afrique

Pourquoi je n’ai pas écrit le livre que je voulais écrire ? Par Fadel Dia

Chroniques de Trappes

Prison Break Par Mina du 7/8

Bouffoneries

- Le profil de poste du Bouffon Par Sonial L’Barbache

- Faveurs contre « islamophobie » Par Telal

- Affaires des banderoles « racistes » : encore un deux poids, deux mesures !!! Par Makam Botya- Foulassi

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Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie
Par Aurel et Pierre Daum
jeudi 3 juillet 2008

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Depuis quarante-cinq ans, les rapatriés ont toujours soutenu l’idée qu’ils avaient été « obligés » de quitter l’Algérie au moment de l’indépendance en 1962, car, menacés physiquement par les « Arabes », ils n’auraient pas eu d’autre choix. Pourtant, à la fin de la guerre, deux cent mille pieds-noirs ont décidé de demeurer dans le nouvel Etat. Témoignages de personnes qui y vivent encore aujourd’hui.

Alger, janvier 2008. Pour trouver la maison où habite Cécile Serra, il vaut mieux ne pas se fier aux numéros désordonnés de la rue. En revanche, demandez à n’importe quel voisin : « Mme Serra ? C’est facile, c’est la maison avec les orangers et la vieille voiture ! » Cécile Serra reçoit chaque visiteur avec une hospitalité enjouée. Dans son jardin magnifiquement entretenu par M. Mesaour, son voisin, trône la carcasse rouillée d’une Simca Aronde modèle 1961. « Ah ! On en a fait des balades dans cette voiture avec mon mari ! Tous les week-ends, on partait à la pêche avec un groupe d’amis ; il y avait M. Gabrière et M. Cripo, avec leur femme. Jusqu’en 1981. Puis mon mari a commencé à être fatigué. Mais du bon temps, on en a eu ! »

A écouter les récits de cette délicieuse dame de 90 ans à l’esprit vif et plein d’humour, on aurait presque l’impression que la « révolution » de 1962 n’a guère changé le cours de son existence de modeste couturière du quartier du Golf, à Alger. « Et pourquoi voulez-vous que ça ait changé quelque chose ? vous apostrophe-t-elle avec brusquerie. J’étais bien avec tout le monde. Les Algériens, si vous les respectez, ils vous respectent. Moi, j’ai jamais tutoyé mon marchand de légumes. Et aujourd’hui encore, je ne le tutoie pas. »

La grand-mère maternelle de Cécile Serra est née à Cherchell, en 1858. Son père, tailleur de pierre, a déménagé à Alger dans les années 1920. « Il a fait construire cette petite maison en 1929 et, depuis, je n’en suis jamais partie. » Comment se fait-il qu’elle n’ait pas quitté l’Algérie en 1962 ? « Mais pourquoi serais-je partie ? Ici, c’est notre pays. Tout est beau. Il y a le soleil, la mer, les gens. Pas une seconde je n’ai regretté d’être restée. » Son mari, Valère Serra, était tourneur dans une entreprise pied-noire [1]. « Pendant la guerre, il se déplaçait souvent pour vendre des produits. Il disait à nos voisins [arabes] : “Je vous laisse ma femme et mon fils !” Et il ne nous est jamais rien arrivé. Sauf quand y a eu l’OAS [Organisation armée secrète] [2]. La vérité, c’est que c’est eux qui ont mis la pagaille ! Mais “La valise ou le cercueil”, c’est pas vrai. Ma belle-sœur, par exemple, elle est partie parce qu’elle avait peur. Mais je peux vous affirmer que personne ne l’a jamais menacée. »

En 1962, les ateliers où travaillait Valère ont été liquidés, et il a pris sa retraite. Cécile a continué sa couture. « En 1964, avec l’Aronde, on est partis faire un tour en France. Pour voir, au cas où... A chaque fois qu’on rencontrait des pieds-noirs, qu’est-ce qu’on n’entendait pas ! “Comment ! Vous êtes toujours là-bas ! Vous allez vivre avec ces gens-là !” Alors on s’est dépêchés de rentrer chez nous. »

Cécile Serra fait partie des deux cent mille pieds-noirs qui n’ont pas quitté l’Algérie en 1962 [3]. Etonnant ? Non, tout à fait logique. Comme le souligne Benjamin Stora, un des meilleurs historiens de l’Algérie, « depuis qu’ils sont rentrés en France, les rapatriés ont toujours cherché à faire croire que la seule raison de leur départ était le risque qu’ils couraient pour leur vie et celle de leurs enfants. Et qu’ils avaient donc nécessairement tous été obligés de partir. Or cela ne correspond que très partiellement à la réalité [4] ».

Jean-Bernard Vialin avait 12 ans en 1962. Originaire de Ouled Fayet, petite commune proche d’Alger, son père était technicien dans une entreprise de traitement de métaux et sa mère institutrice. Ancien pilote de ligne à Air Algérie, il nous reçoit sur son bateau, amarré dans le ravissant port de Sidi Fredj (ex-Sidi-Ferruch), à l’ouest d’Alger. « Mes parents appartenaient à ceux qu’on appelait les libéraux. Ni engagés dans le FLN [Front de libération nationale] ni du côté des partisans jusqu’au-boutistes de l’Algérie française. Juste des gens, malheureusement très minoritaires, qui refusaient d’accepter le statut réservé aux “musulmans” et les injustices incroyables qui en résultaient. On s’imagine mal aujourd’hui à quel point le racisme régnait en Algérie. A Ouled Fayet, tous les Européens habitaient les maisons en dur du centre-ville, et les “musulmans” pataugeaient dans des gourbis, en périphérie. » Des habitations précaires faites de murs en roseau plantés dans le sol et tenus entre eux par des bouts de ficelle, sur lesquels reposaient quelques tôles ondulées en guise de toiture. « Ce n’était pas l’Afrique du Sud, mais presque. »

En janvier 1962, une image s’est gravée dans les yeux du jeune garçon. « C’était à El-Biar [un quartier des hauteurs d’Alger]. Deux Français buvaient l’anisette à une terrasse de café. Un Algérien passe. L’un des deux se lève, sort un pistolet, abat le malheureux, et revient finir son verre avec son copain, tandis que l’homme se vide de son sang dans le caniveau. Après ça, que ces mecs aient eu peur de rester après l’indépendance, je veux bien le croire... » Pour ses parents, en revanche, « il n’a pas été question une seconde de partir. C’était la continuité. Ils avaient toujours désiré une vraie égalité entre tout le monde, ils étaient contents de pouvoir la vivre ».

En septembre 1962, ses deux mille Européens ont déserté Ouled Fayet, sauf les Vialin. Les petites maisons coloniales se sont retrouvées rapidement occupées par les Algériens des gourbis alentour — « ce qui est tout à fait naturel », précise l’ancien pilote. Sa mère rouvre seule l’école du village. Dès 1965, la famille acquiert la nationalité algérienne. « Et finalement, je me sens algérien avant tout. A Air Algérie, ma carrière s’est déroulée dans des conditions parfaitement normales ; on m’a toujours admis comme étant d’une autre origine, mais sans faire pour autant la moindre différence. »

André Bouhana, lui non plus, n’a jamais craint de demeurer là. « J’ai grandi à Ville Nouvelle, un des quartiers musulmans d’Oran. Je parlais l’espagnol, comme mes parents, mais aussi l’arabe dialectal, puisque tous mes copains étaient arabes. Ce n’est pas comme les Européens qui habitaient le centre-ville. Donc, au moment de l’indépendance, pourquoi j’aurais eu peur ? » Aujourd’hui, à 70 ans, Bouhana habite dans une misérable maison à Cap Caxine, à l’ouest d’Alger. Entouré de nombreux chiens et chats, il survit grâce aux 200 euros de l’allocation-vieillesse que dispense le consulat français à une quarantaine de vieux pieds-noirs sans ressources. « Mais, surtout, j’ai des amis algériens, des anciens voisins, qui vivent en France, et qui m’envoient un peu d’argent. » Et sa famille rapatriée ? « Vous rigolez ! Pas un euro ! Ils ne me parlent plus. Ils ne m’ont jamais pardonné de ne pas avoir quitté l’Algérie. »

Et puis, il y a Félix Colozzi, 77 ans, communiste, engagé dans le maquis aux côtés du FLN, prisonnier six ans dans les geôles françaises (dont la terrible prison de Lambèse, près de Batna), devenu ingénieur économiste dans des entreprises d’Etat. Et André Lopez, 78 ans, le dernier pied-noir de Sig (anciennement Saint-Denis-du-Sig), à cinquante kilomètres d’Oran, qui a repris l’entreprise d’olives créée par son grand-père, et qui y produit à présent des champignons en conserve. Et le père Denis Gonzalez, 76 ans, à l’intelligence toujours très vive, « vrai pied-noir depuis plusieurs générations », qui, dans le sillage de Mgr Duval, le célèbre évêque d’Alger honni par l’OAS, a choisi de « rester au service du peuple algérien ».

Et même Prosper Chetrit, 78 ans, le dernier juif d’Oran depuis la mort de sa mère, qui rappelle que « trois mille juifs sont demeurés à Oran après 1962 », et que, « pour eux, la situation n’a commencé à se détériorer qu’à partir de 1971, quand les autorités ont confisqué la synagogue pour la transformer en mosquée, et que le dernier rabbin est parti. Mais moi, précise-t-il, tout le monde sait que je suis juif, et tout le monde m’estime ».

« On a eu ce qu’on voulait, maintenant on oublie le passé et on ne s’occupe que de l’avenir »

Il était donc possible d’être français et de continuer à vivre dans l’Algérie indépendante ? « Bien sûr ! », s’exclame Germaine Ripoll, 82 ans, qui tient toujours avec son fils le petit restaurant que ses parents ont ouvert en 1932, à Arzew, près d’Oran. « Et je vais même vous dire une chose : pour nous, la situation n’a guère bougé. Le seul vrai changement, c’est quand on a dû fermer l’entrepôt de vin, en 1966, lorsque la vente d’alcool est devenue interdite. Mais ça ne m’a jamais empêchée de servir du vin à mes clients. »

Au fur et à mesure de ces entretiens avec des pieds-noirs, ou « Algériens d’origine européenne », comme certains préfèrent se nommer, une nouvelle image apparaît, iconoclaste par rapport à celle qui est véhiculée en France. L’inquiétude des Européens était-elle toujours justifiée ? La question demeure difficile à trancher, sauf dans le cas des harkis [5]. Certes, les déclarations de certains leaders nationalistes ont pu paraître inquiétantes. En premier lieu, la proclamation du 1er novembre 1954, qui affirme la volonté du FLN d’ériger une Algérie démocratique « dans le cadre des principes islamiques ». Toutefois, la plupart des pieds-noirs de France semblent avoir complètement oublié que durant cette guerre, la direction du FLN a pris soin, à plusieurs reprises, de s’adresser à eux afin de les rassurer. « Moi, je les lisais avec délectation », se souvient très bien Jean-Paul Grangaud, petit-fils d’instituteurs protestants arrivés en Kabylie au XIXe siècle et qui est devenu, après l’indépendance, professeur de pédiatrie à l’hôpital Mustapha d’Alger, puis conseiller du ministre de la santé. Dans le plus célèbre de ces appels, lancé de Tunis, siège du gouvernement provisoire, le 17 février 1960 aux « Européens d’Algérie », on peut lire : « L’Algérie est le patrimoine de tous (...). Si les patriotes algériens se refusent à être des hommes de seconde catégorie, s’ils se refusent à reconnaître en vous des supercitoyens, par contre, ils sont prêts à vous considérer comme d’authentiques Algériens. L’Algérie aux Algériens, à tous les Algériens, quelle que soit leur origine. Cette formule n’est pas une fiction. Elle traduit une réalité vivante, basée sur une vie commune. » La seule déception qu’ont pu ressentir ceux qui ne sont pas partis est liée à l’obtention de la nationalité algérienne, puisqu’ils furent obligés de la demander, alors qu’elle devenait automatique pour les Algériens musulmans. Mais c’était en 1963, donc bien après le grand départ des pieds-noirs.

En ce qui concerne leurs biens, les Européens qui sont restés n’ont que rarement été inquiétés. « Personne ne s’est jamais avisé de venir nous déloger de notre villa ! », s’exclame Guy Bonifacio, oranais depuis trois générations, à l’unisson de toutes les personnes rencontrées. Quant au décret de nationalisation des terres, promulgué en 1963 par le nouvel Etat socialiste, il n’a concerné que les très gros domaines, les petites parcelles laissées vacantes, et éventuellement les terres des Français qui, bien que demeurés sur place, ont refusé de prendre la nationalité algérienne. Vieille Oranaise pourtant toujours très remontée contre les Algériens, Jeanine Degand est formelle : « J’ai un oncle qui possédait une trentaine d’hectares du côté de Boutlélis. En 1963, les Algériens lui ont dit : “Ou tu te fais algérien, et tu gardes ta ferme ; ou tu refuses, et on te la prend.Il avait sa fierté, il a refusé, et on la lui a prise. C’est sûr que, s’il avait adopté la nationalité, il l’aurait toujours. »

Il n’a non plus jamais été suffisamment souligné avec quelle rapidité la paix complète est revenue en Algérie. « Je suis arrivé dans le pays à l’été 1963, raconte Jean-Robert Henri, historien à la Maison méditerranéenne des sciences de l’homme, à Aix-en-Provence. Avec ma vieille voiture, j’ai traversé le pays d’est en ouest, dormant dans les coins les plus reculés. Non seulement, avec ma tête de Français, il ne m’est rien arrivé, mais à aucun moment je n’ai ressenti le moindre regard d’hostilité. J’ai rencontré des pieds-noirs isolés dans leur ferme qui n’éprouvaient aucune peur. » « C’est vrai que, dès août 1962, plus un seul coup de feu n’a été tiré en Algérie, affirme F. S. [6], l’un des historiens algériens les plus reconnus de cette période. C’est comme si, le lendemain de l’indépendance, les Algériens s’étaient dit : “On a eu ce qu’on voulait, maintenant on oublie le passé et on ne s’occupe que de l’avenir.” » Marie-France Grangaud confirme : « Nous n’avons jamais ressenti le moindre esprit de revanche, alors que presque chaque famille avait été touchée. Au contraire, les Algériens nous témoignaient une véritable reconnaissance, comme s’ils nous disaient : “Merci de rester pour nous aider” ! »

Finalement, on en vient à se demander pourquoi tant de « Français d’Algérie » ont décidé de quitter un pays auquel ils étaient aussi charnellement attachés. Lorsqu’on leur pose cette question, en France, ils évoquent presque toujours la peur, alimentée par le climat de violence générale qui régnait en Algérie dans les derniers mois de la guerre — avec, mis en exergue, trois faits dramatiques de 1962 : la fusillade de la rue d’Isly, le 26 mars à Alger ; le massacre du 5 juillet à Oran ; et les enlèvements d’Européens (lire « Trois événements traumatisants »).

« Le déchaînement de violence, fin 1961 - début 1962, venait essentiellement de l’OAS, rectifie André Bouhana. A cause de l’OAS, un fossé de haine a été creusé entre Arabes et Européens, qui n’aurait pas existé sinon. » Et tous d’insister plutôt sur l’extrême modération avec laquelle le FLN a répondu aux assassinats de l’OAS. «  A Arzew, se souvient Germaine Ripoll, l’OAS était présente, mais les Algériens n’ont jamais menacé aucun Français. » Quant aux enlèvements (deux mille deux cents Européens disparus entre 1954 et 1962, sur une population d’un million), un certain nombre d’entre eux étaient « ciblés ». « Dans mon village, affirme Jean-Bernard Vialin, seuls les activistes de l’OAS ont été enlevés. »

« Les Européens ont eu très peur, analyse Stora. Mais peur de quoi ? Peur surtout des représailles aveugles, d’autant que les pieds-noirs savaient, et savent toujours, que le rapport entre leurs morts et ceux des Algériens était d’au moins un pour dix [7] ! Quand l’OAS est venue, un grand nombre d’entre eux l’a plébiscitée. Ils avaient donc peur des exactions de militants du FLN, en réponse à celles de l’OAS. Pourtant, une grande majorité d’Algériens n’a pas manifesté d’esprit de vengeance, et leur étonnement était grand au moment du départ en masse des Européens. »

« Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés »

Mais, si la raison véritable de cet exode massif n’était pas le risque encouru pour leur vie et leurs biens, qu’y a-t-il eu d’autre ? Chez Jean-Bernard Vialin, la réponse fuse : « La grande majorité des pieds-noirs a quitté l’Algérie non parce qu’elle était directement menacée, mais parce qu’elle ne supportait pas la perspective de vivre à égalité avec les Algériens ! » Marie-France Grangaud, fille de la bourgeoisie protestante algéroise (d’avant 1962), devenue ensuite directrice de la section sociale à l’Office national algérien des statistiques, tient des propos plus modérés, mais qui vont dans le même sens : « Peut-être que l’idée d’être commandés par des Arabes faisait peur à ces pieds-noirs. Nous vivions de facto avec un sentiment de supériorité. Nous nous sentions plus civilisés. Et puis, surtout, nous n’avions aucun rapport normal avec les musulmans. Ils étaient là, autour de nous, mais en tant que simple décor. Ce sentiment de supériorité était une évidence. Au fond, c’est ça la colonisation. Moi-même, j’ai dû faire des efforts pour me débarrasser de ce regard... »

Entre 1992 et 1993, la chercheuse Hélène Bracco a parcouru l’Algérie à la recherche de pieds-noirs encore vivants. Elle a recueilli une soixantaine de témoignages, dont elle a fait un livre, L’Autre Face : « Européens » en Algérie indépendante [8]. Pour cette chercheuse, « la vraie raison du départ vers la France se trouve dans leur incapacité à effectuer une réversion mentale. Les Européens d’Algérie, quels qu’ils soient, même ceux situés au plus bas de l’échelle sociale, se sentaient supérieurs aux plus élevés des musulmans. Pour rester, il fallait être capable, du jour au lendemain, de partager toutes choses avec des gens qu’ils avaient l’habitude de commander ou de mépriser ».

La réalité offre des cas parfois surprenants. Certains des pieds-noirs rencontrés en Algérie tiennent encore des propos colonialistes et racistes. S’ils sont encore là, c’est autant pour protéger leurs biens (appartements, immeubles, entreprises) que parce que « l’Algérie, c’est [leur] pays ».

Conséquence logique de ces différences de mentalité : la plupart des pieds-noirs demeurés au sud de la Méditerranée n’ont que très peu de contacts avec ceux de France. « En 1979, à la naissance de ma fille, dont la mère est algérienne, je suis allé en France, se souvient Jean-Bernard Vialin. Dans ma propre famille, on m’a lancé : “Quoi ! Tu vas nous obliger à bercer une petite Arabe ?” » Lorsqu’il est en France, Guy Bonifacio évite de rencontrer certains rapatriés : « Ils nous considèrent comme des collabos, constate-t-il avec un soupir. Combien de fois ai-je entendu : “Comment tu peux vivre avec ces gens-là, ce sont des sauvages !” » Néanmoins, Marie-France Grangaud amorce un sourire : « Depuis quelques années, de nombreux pieds-noirs reviennent en Algérie sur les traces de leur passé. L’été dernier, l’un d’eux, que je connaissais, m’a dit en repartant : “Si j’avais su, je serais peut-être resté.” »

Aurel et Pierre Daum.

Source : http://www.monde-diplomatique.fr/

 

[1] L’origine de l’expression « pieds-noirs » continue d’être l’objet de nombreuses hypothèses. Apparu très tardivement — quasiment au moment du rapatriement des Français d’Algérie —, ce mot désigne les Européens (y compris les juifs naturalisés par le décret Crémieux en 1870) nés en Algérie avant 1962. Par extension, certains l’utilisent en parlant des Français nés en Tunisie et au Maroc avant l’indépendance de ces deux pays.

[2] Apparue en 1961, l’Organisation armée secrète (OAS) regroupait les partisans de l’Algérie française les plus extrémistes. Posant des bombes et assassinant en pleine rue des musulmans et des Français modérés, l’OAS a joui du soutien d’une majorité de pieds-noirs.

[3] Cf. Bruno Etienne, Les Problèmes juridiques des minorités européennes au Maghreb, Editions du CNRS, Paris, 1968, p. 236 et suivantes.

[4] On trouve un nouvel exemple de cette vision mythifiée de l’histoire dans le long documentaire de Gilles Perez, Les Pieds-Noirs. Histoire d’une blessure, diffusé sur France 3 en novembre 2006, et largement rediffusé par la suite.

[5] Plusieurs milliers, voire des dizaines de milliers, d’entre eux ont été massacrés sans pitié au moment de l’indépendance. Lire à ce sujet le tout récent ouvrage de Fatima Besnaci-Lancou et Gilles Manceron, Les Harkis dans la colonisation et ses suites, L’Atelier, Ivry-sur-Seine, 2008. Lire également « Le hurlement des torturés », Le Monde diplomatique, août 1992.

[6] Parce qu’il occupe de hautes responsabilités au ministère de la culture, cet homme nous a demandé de masquer son identité.

[7] Sur la guerre d’Algérie, chaque chiffre fait l’objet d’importants débats. Pour avoir un ordre de grandeur, on peut cependant avancer, côté français : quinze mille soldats morts au combat (plus neuf mille par accident !), deux mille huit cents civils tués et deux mille deux cents disparus. Côté algérien : cent cinquante mille combattants tués par l’armée française (et plusieurs dizaines de milliers de victimes de purges internes), environ soixante mille civils morts, plus de treize mille civils disparus, entre quarante mille et cent vingt mille harkis tués, et un million de paysans déplacés. Cf. Guy Pervillé, « La guerre d’Algérie : combien de morts ? », dans Mohammed Harbi et Benjamin Stora (sous la dir. de), La Guerre d’Algérie, Robert Laffont, Paris, 2007, p. 477 et suivantes.

[8] Paris-Méditerranée, Paris, 1999.


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  7. Toutes nos excuses !
    30 septembre 2006

  8. Visite de sarkozy à Alger, ce qu’en dit la presse algérienne
    1er décembre 2006

  9. Saïd Bouamama du Mouvement des indigènes de la république et Aminata Traore sur FR3
    20 décembre 2006

  10. Joseph Ki-Zerbo, intellectuel et opposant politique burkinabè, est mort lundi 4 décembre à l’âge de 84 ans.
    23 décembre 2006

  11. SARKOZY ou le plus grand exciseur-polygame
    12 mars 2007

  12. Bienvenue à SARKOZYNGRAD
    19 mars 2007

  13. MSF et ACF dénoncent les propositions "dangereuses" d’Urgence Darfour
    23 mars 2007

  14. Solution miracle d’Alain FINKIELKRAUT pour lutter contre le communautarisme « barbare » des « négro-bougnolestiniens »
    4 avril 2007

  15. Luttes de clans sur fond de conflits géopolitiques
    22 avril 2007

  16. Du foutage de gueule, et de ses limites
    11 mai 2007

  17. Afrique : La presse francophone pas tendre avec le nouveau président français Sarkozy
    12 mai 2007

  18. Les femmes, premières victimes de l’intolérance religieuse pour Amnesty
    24 mai 2007

  19. Précision de M. Oussama Ben Laden, PDG de Al-Qaeda®
    2 juillet 2007

  20. "Sauvez deux personnes de la lapidation" ? Faux mails, fausses pétitions, vraies manips.
    2 juillet 2007

  21. AU SECOURS LES RESPUBLICANISTES LAICISTES : LE MUSEE DU QUAI BRANLY FAIT LA PROMOTION DU « VOILE ISLAMISTE »
    17 juillet 2007

  22. La criminalité transnationale, face hideuse de la mondialisation.
    25 juillet 2007

  23. La Libye des Mirage aux Rafale
    26 juillet 2007

  24. Les nouveaux philosophes et intellectuels réspublicano-humanistes ont lancé une pétition en faveur de SARKOZY et appellent la population française à lui réserver un accueil triomphal lors de son retour
    8 août 2007

  25. Fadela Amara entartée
    8 août 2007

  26. Information urgente : RAMA YADE, secrétaire d’Etat aux droits de l’homme, vient de démissionner. Nous nous sommes procuré sa lettre de démission que nous reproduisons :
    13 août 2007

  27. Aéroports de Paris se prend une tarte judiciaire par la Cour d’Appel de Paris
    13 août 2007

  28. La Diffamation Pour Les Nuls : Philippe Val Contre Les "Connards"
    22 août 2007

  29. Après avoir infiltré Al-Qaida, Sifaoui infiltre Arte
    28 août 2007

  30. Le 29 août est décrété journée nationale de lutte contre « l’islam-isme » et d’action pour civiliser les « Français musulmans ».
    30 août 2007

  31. Le matraqueur matraqué
    3 septembre 2007

  32. Réponse de Habib Souaïdia à Caroline Fourest à propos de Mohamed Sifaoui
    7 septembre 2007

  33. AC le feu demande à Fadela Amara de soigner son vocabulaire
    12 septembre 2007

  34. Média et Démocratie : L’embedded à la française
    12 septembre 2007

  35. Média et Démocratie : Les Médias comme véhicule d’une idéologie dominante 2eme partie
    17 septembre 2007

  36. Le Serment de KOUCHNER : nouveau serment du médecin « occidental »
    23 septembre 2007

  37. L’épouse de l’ex-président malien met Nicolas Sarkozy au défi
    24 septembre 2007

  38. France : Dominique Strauss Kahn dans le texte
    1er octobre 2007

  39. Fadelarienvu, Fadelarienentendu, Fadelatendanceànousprendrepourdesbenêts
    11 octobre 2007

  40. Communiqué du Collectif des Musulmans de France (CMF)
    12 octobre 2007

  41. Minorités symboliques : Rama Yade de Dakar à Aubervilliers
    19 octobre 2007

  42. « L’ennemi intime », long métrage de Florent-Emilio Siri, un « Platoon » français sur la « guerre d’Algérie »
    24 octobre 2007

  43. BHL ou l’empereur de la morale aux habits neufs
    29 octobre 2007

  44. « Les lobbies droit-de-l’hommistes ont construit un Darfour imaginaire »
    2 novembre 2007

  45. La France accusée à l’ONU de "légitimer le racisme"
    12 novembre 2007

  46. BHL et la gauche zombie
    15 novembre 2007

  47. Pour protester contre le racisme : Une Congolaise s’est brûlée vive au Luxembourg !
    19 novembre 2007

  48. Le conseiller spécial de Fadela Amara condamné pour escroquerie
    22 novembre 2007

  49. Julien Dray : entre Ségo et Sarko, son coeur balance
    24 novembre 2007

  50. Quand Rachida Dati s’indignait déjà du racisme
    25 novembre 2007

  51. Villiers-le-Bel : "ce qui s’est passé n’est pas une crise sociale", selon Fadela Amara
    29 novembre 2007

  52. Sarkozy recevra les rapatriés dès son retour d’Algérie pour réaffirmer son refus de la repentance
    5 décembre 2007

  53. Acteur ou mafieux ?
    9 décembre 2007

  54. Alliot-Marie porte le voile au Vatican mais pas à la Mosquée de Paris…
    14 décembre 2007

  55. Alain FINKIELKRAUT OU LA PHILOSOPHIE DES TENEBRES :
    14 décembre 2007

  56. Message exclusif aux musulmans de France : à l’occasion de la fête de l’Aïd et du nouvel an 2008, Alain FINKIELKRAUT vous transmet ses meilleurs vœux de haine
    24 décembre 2007

  57. Brève méditation sur le mouton, la dinde et ce qu’on nous en dit
    25 décembre 2007

  58. Ici Magharebia.com - l’US Army parle aux indigènes
    2 janvier 2008

  59. Des babils et de la langue chez les parias des cités
    6 janvier 2008

  60. L’exotisme à 15 euros.
    9 janvier 2008

  61. Du Khobzisme
    17 janvier 2008

  62. La presse au prion et la revanche au curry
    21 janvier 2008

  63. Petits coups de langues : Malek croit-il aux rumeurs de remaniement ministériel ?
    23 janvier 2008

  64. "Monologues voilés" et racisme sans fard…
    24 janvier 2008

  65. L’éternel retour du sexe des anges
    26 janvier 2008

  66. Pour le cochon hallal
    11 février 2008

  67. Victory is Our !
    12 février 2008

  68. Etats-Unis : pourquoi les Clinton ont soufflé sur les braises du racisme
    26 février 2008

  69. Le Pen compare Villers-le-Bel à la guerre d’Indochine
    28 février 2008

  70. USA : Plus d’un adulte sur 100 est en prison - pour la population noire, ce ratio est de 1 sur 15
    2 mars 2008

  71. Dressons le bougnoule.
    9 mars 2008

  72. TURQUIE : une affaire de foulard, une affaire de femmes ?
    13 mars 2008

  73. MUNICIPALES 2008 : Les candidats de la DIVERSITÉ FONT UN SUPER TABAC !
    17 mars 2008

  74. The HALDE for dummies
    7 avril 2008

  75. Philippe Val est « navré », Philippe Val est navrant
    9 avril 2008

  76. Doubs : une mosquée recouverte de graffitis
    14 avril 2008

  77. Disparition d’Aimé Césaire
    18 avril 2008

  78. Gaston Kelman n’aime pas le manioc, il préfère la bouillie
    20 avril 2008

  79. Les largesses de l’État au Consistoire
    20 avril 2008

  80. Questions juives à l’algérienne
    26 avril 2008

  81. USA, racisme by any means necessary...
    30 avril 2008

  82. Suivant Que Vous Serez De La "Foi Des Catholiques" Ou Un Désolant Musulman
    1er mai 2008

  83. Pour Mamadou, La Serpillière
    23 mai 2008

  84. Malek Chebel, les pères Desbois et de la Morandais décorés par Sarkozy
    17 juin 2008

  85. SOUCHERIE
    25 juin 2008

  86. Intégration : les étrangers exemplaires peuvent prétendre à un prix
    28 juin 2008

  87. Sans valise ni cercueil, les pieds-noirs restés en Algérie
    3 juillet 2008

  88. Pourquoi je soutiens Siné..
    17 juillet 2008

  89. Un acte manqué réussi
    17 juillet 2008

  90. La main de fer sioniste dans le gant de velours de la démocratie française.
    19 juillet 2008

  91. Pour en finir avec « l’antisémitisme ».
    28 juillet 2008

  92. Le Dalaï Lama est-il un modéré ?
    17 août 2008

  93. Donner un Noir en pâture aux lions : un délit mineur en Afrique du Sud
    25 août 2008

  94. Le principe Faouzi Lamdaoui est également vérifié aux Etats-Unis d’Amérique
    2 septembre 2008

  95. Une bien étrange affaire où Gilles-William Goldnadel plaide que l’antisémitisme n’est pas un délit mais une opinion
    6 septembre 2008

  96. Thèse de l’antisémitisme en doute dans l’affaire du XIXe à Paris
    16 septembre 2008

  97. Il faut que cessent les polémiques entre sunnites et chiites !
    30 septembre 2008

  98. Ce qu’il y a de vraiment scandaleux chez Dominique Strauss Kahn
    19 octobre 2008